16042009
Fabrice Colin : « Il n'y a pas "une" vérité - et surtout pas quand on parle de famille »

Romans, nouvelles, littérature jeunesse, BD, pièces radiophoniques, Fabrice Colin est un auteur touche à tout.
Ce trentenaire, ancien rédacteur de jeux de rôles, s’est bâti une solide réputation dans le domaine de la littérature de l’imaginaire (fantasy, science-fiction, fantastique…) saluée par de nombreux prix.
A l’occasion de la lecture du premier tome de La saga Mendelson, j’ai voulu en savoir un peu plus sur sa récente incursion dans un univers à la réalité plus tangible.
Voici, livrées telles quelles, les réponses qu’il a bien voulu apporter à mes questions.
Quelle a été la genèse de La saga Mendelson ? Comment est né ce projet ?
L’idée de départ est venue d’un livre de Neal Gabler, Le Royaume de leurs rêves, consacré aux Juifs qui ont “fait” Hollywood.
J’ai voulu raconter l’histoire d’une famille juive et, à travers elle, celle d’un certain vingtième siècle - celui qu’on ne connaît pas, ou moins bien. Les Mendelson ont l’étrange particularité de se trouver souvent au mauvais endroit au bon moment. Ils sont à la fois témoins et acteurs. Je me suis pris d’affection pour eux.
Vous écrivez indifféremment pour un public jeune ou adulte.
Pourquoi avoir réservé les Mendelson à votre public jeunesse ?
Écrire une telle saga pour un public adulte aurait réclamé plusieurs années de travail et aurait comporté de grands risques. Je ne me voyais pas produire une telle somme - pas encore.
Je préfère, pour l’instant, faire office de passeur, de vulgarisateur.
Vous vous êtes illustré dans la science-fiction/fantasy, un domaine faisant grandement appel à l’imaginaire.
En quoi cette incursion dans un monde on ne peut plus réel a-t-elle été différente dans votre façon de travailler, dans votre processus de création ?
Les Mendelson m’ont demandé un gros travail de documentation : c’est la seule différence. Mon boulot, c’est de raconter des histoires. A mes yeux, il n’existe pas de gradation sur l’échelle de la réalité - le concept même de réalité, au sein d’un roman, ne signifie pas grand-chose.
Qu’est-ce que cela vous a apporté que vous ne trouvez pas dans les autres genres ?
Le plaisir de la découverte : “Tiens, Hitler a vraiment dormi sur des bancs publics ?” ou “Bon sang, le créateur de Bambi est aussi l’auteur de ce roman pornographique viennois[1] ?”
Y avez-vous pris plaisir ?
Beaucoup. Et heureusement ! Le plaisir est le principal moteur de mon processus créatif.
Avez-vous envie de répéter l’expérience rapidement ?
Un tome 2 sort en novembre ; un tome 3, l’année prochaine.
Et oui, j’écrirai sans doute d’autres romans “à base historique”.
J’imagine que cela vous a demandé un gros travail de recherches et documentation.
Comment avez-vous procédé ?
Bibliothèque, amazon.com, internet et quelques mails échangés avec un conservateur de musée viennois - pour le premier tome.
Pourquoi avez-vous privilégié pour votre récit la forme d’une enquête quasi journalistique à un récit plus linéaire où les personnages se seraient exprimé à travers des dialogues ?
Parce que les récits linéaires m’ennuient. Parce qu’il n’y a pas “une” vérité - et surtout pas quand on parle de famille. Parce que j’aime les objets littéraires fragmentés, les récits polyphoniques, et le bordel en général.
Savez-vous déjà sur quel projet vous allez travailler quand vous aurez bouclé La saga Mendelson ?
Peut-être même le boulimique que vous êtes travaille-t-il en parallèle sur d’autres projets….
Les Étranges sœurs Wilcox sort en septembre prochain chez Gallimard jeunesse. C’est le premier tome d’une trilogie : deux jeunes filles vampires dans l’Angleterre de Jack l’éventreur.
La suite des Mendelson est en cours d’écriture mais oui, d’autres projets sont venus se glisser entre chaque tome. Il y aura par exemple, l’année prochaine, un recueil de nouvelles, La vie extraordinaire des gens ordinaires (c’est un titre de travail). Et d’autres surprises.
Notes
[1] Intitulée Joséphine Mutzenbacher, cette œuvre raconte l’histoire d’une prostituée viennoise. D’abord publiée anonymement en 1906, elle sera interdite pour pornographie.





Commentaires
Intéressant… intéressant… intéressant…
Ces temps-ci j’entends parler un peu partout de cet auteur et de son livre… Je commence a devenir curieuse ^^
@ Cécile de Quoide9 : n’est-ce pas ?
@ Hathaway : j’avais repéré il y a quelques temps chez Lily, un billet un autre roman de Fabrice Colin, Kathleen, qui me tente beaucoup.
Voilà un auteur qui suscite ma curiosité … Ce qui est très bon signe !
@ Nanne : une chose est sûre, c’est un auteur très productif !
Merci beaucoup pour cet entretien, vraiment très chouette :))

J’ai beaucoup aimé ce premier tome mais pas trouvé le temps d’en parler (grippette plus angine plus vacances scolaires ont eu raison de moi…). Mais je vais le relire pour l’occasion
Tu devrais forcément aimé Kathleen, et je ne dis pas ça pour te forcer la main (je le tiens à ta disposition
Oui, c’est un auteur très productif mais je n’ai pas encore pris le temps de le découvrir ! Arghh…le temps…
@ Lily : Kathleen me tente énormément, encore plus depuis que j’ai pu “voir” ce que donnait Colin quand il écrit pour la jeunesse.
@ Flo : mieux qu’une machine à arrêter ou à remonter le temps, il en faudrait une qui nous permette de le dompter et de le mettre au pas
Et bien merci pour ce travail de lecture et d’interview… Je vais m’intéresser de plus près à cet auteur, et à cette saga en particulier…
@ Sylvie : Fabrice Colin a également travaillé pour la BD (il me semble que tu aimes bien ça, non ?
).