fabrice-colin

Romans, nouvelles, littérature jeunesse, BD, pièces radiophoniques, Fabrice Colin est un auteur touche à tout.
Ce trentenaire, ancien rédacteur de jeux de rôles, s’est bâti une solide réputation dans le domaine de la littérature de l’imaginaire (fantasy, science-fiction, fantastique…) saluée par de nombreux prix.

A l’occasion de la lecture du premier tome de La saga Mendelson, j’ai voulu en savoir un peu plus sur sa récente incursion dans un univers à la réalité plus tangible.
Voici, livrées telles quelles, les réponses qu’il a bien voulu apporter à mes questions.


Quelle a été la genèse de La saga Mendelson ? Comment est né ce projet ?

L’idée de départ est venue d’un livre de Neal Gabler, Le Royaume de leurs rêves, consacré aux Juifs qui ont “fait” Hollywood.
J’ai voulu raconter l’histoire d’une famille juive et, à travers elle, celle d’un certain vingtième siècle - celui qu’on ne connaît pas, ou moins bien. Les Mendelson ont l’étrange particularité de se trouver souvent au mauvais endroit au bon moment. Ils sont à la fois témoins et acteurs. Je me suis pris d’affection pour eux.


Vous écrivez indifféremment pour un public jeune ou adulte.
Pourquoi avoir réservé les Mendelson à votre public jeunesse ?

Écrire une telle saga pour un public adulte aurait réclamé plusieurs années de travail et aurait comporté de grands risques. Je ne me voyais pas produire une telle somme - pas encore.
Je préfère, pour l’instant, faire office de passeur, de vulgarisateur.


Vous vous êtes illustré dans la science-fiction/fantasy, un domaine faisant grandement appel à l’imaginaire.
En quoi cette incursion dans un monde on ne peut plus réel a-t-elle été différente dans votre façon de travailler, dans votre processus de création ?

Les Mendelson m’ont demandé un gros travail de documentation : c’est la seule différence. Mon boulot, c’est de raconter des histoires. A mes yeux, il n’existe pas de gradation sur l’échelle de la réalité - le concept même de réalité, au sein d’un roman, ne signifie pas grand-chose.


Qu’est-ce que cela vous a apporté que vous ne trouvez pas dans les autres genres ?

Le plaisir de la découverte : “Tiens, Hitler a vraiment dormi sur des bancs publics ?” ou “Bon sang, le créateur de Bambi est aussi l’auteur de ce roman pornographique viennois[1] ?


Y avez-vous pris plaisir ?

Beaucoup. Et heureusement ! Le plaisir est le principal moteur de mon processus créatif.


Avez-vous envie de répéter l’expérience rapidement ?

Un tome 2 sort en novembre ; un tome 3, l’année prochaine.
Et oui, j’écrirai sans doute d’autres romans “à base historique”.


J’imagine que cela vous a demandé un gros travail de recherches et documentation.
Comment avez-vous procédé ?

Bibliothèque, amazon.com, internet et quelques mails échangés avec un conservateur de musée viennois - pour le premier tome.


Pourquoi avez-vous privilégié pour votre récit la forme d’une enquête quasi journalistique à un récit plus linéaire où les personnages se seraient exprimé à travers des dialogues ?

Parce que les récits linéaires m’ennuient. Parce qu’il n’y a pas “une” vérité - et surtout pas quand on parle de famille. Parce que j’aime les objets littéraires fragmentés, les récits polyphoniques, et le bordel en général.


Savez-vous déjà sur quel projet vous allez travailler quand vous aurez bouclé La saga Mendelson ?
Peut-être même le boulimique que vous êtes travaille-t-il en parallèle sur d’autres projets….

Les Étranges sœurs Wilcox sort en septembre prochain chez Gallimard jeunesse. C’est le premier tome d’une trilogie : deux jeunes filles vampires dans l’Angleterre de Jack l’éventreur.
La suite des Mendelson est en cours d’écriture mais oui, d’autres projets sont venus se glisser entre chaque tome. Il y aura par exemple, l’année prochaine, un recueil de nouvelles, La vie extraordinaire des gens ordinaires (c’est un titre de travail). Et d’autres surprises.

Notes

[1] Intitulée Joséphine Mutzenbacher, cette œuvre raconte l’histoire d’une prostituée viennoise. D’abord publiée anonymement en 1906, elle sera interdite pour pornographie.