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Rebelote... Et Onze de Der !!!!

La diabolique Philisine Cave n’en a pas eu assez des deux tags précédents.
Avec un brin de perversité (si, si !), elle m’a gratifié de onze questions supplémentaires, histoire de vérifier si je suis rancunier… ou pas.

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Pas de bol : rancunier, je suis.
Très.

Philisine, tu l’auras voulu : rien que pour toi (ou presque), voici onze nouvelles « révélations » (en espérant que ce soit les dernières avant un moment, histoire que ce blog ne finisse pas par ressembler à un tag géant…)



1. Si tu étais un mot ?

Le fin mot de l’histoire… J’aime aller fureter et découvrir ce qui se cache derrière les apparences.


2. Si tu étais un événement ?

Par nature, je serais plutôt un non-événement.


3. Si tu étais une image ?

Aucune idée, sinon qu’elle soit vierge de toute retouche Ph*t*sh*p.


4. Si tu étais une fleur ?

La fleur de l’âge.


5. Si tu étais un mensonge ?

Le père Noël, mensonge sans conséquence et plutôt mignon (le mensonge, pas le père Noël !).


6. Si tu étais un pays ?

Le pays d’où on ne revient jamais. On a chacun le nôtre, il me semble.


7. Si tu étais une idée ?

Le désintégrateur de poche.
Pour escamoter les véhicules à 2 ou 4 roues mal garés qui obstruent le passage, sectionner les laisses à enrouleur qui se déploient traitreusement sur toute une largeur de trottoir, atomiser les parapluies avant qu’on ait eu le temps de se les prendre en plein visage, pulvériser les sacs à dos des sans-gêne qui te broient les côtes dans les wagons bondés du métro, exploser les valises et caddies qu’on t’envoie sans sourciller dans les chevilles… et autres joyeusetés du genre
(N.B. : important : penser à inclure un système de sécurité empêchant toute mise à exécution de pulsions visant à désintégrer les possesseurs des ces armes domestiques !).


8. Si tu étais un texte ?

Un petit mot laissé sur une table, aimanté sur un frigo, glissé dans un livre, tagué sur un mur…


9. Si tu étais un objet ?

Une tutute, un doudou, un sextoy… ou n’importe quel autre objet très intime et réconfortant.


10. Qui t’a donné l’envie de bloguer ?

Une ex-collègue, pour des raisons peu glorieuses que j’ai déjà évoquées par ailleurs mais que je vais taire ici…


11. Quelle empreinte veux-tu laisser ?

Rien de plus que quelques traces de doigts sur le cœur des gens que j’aime





Pas de nouvelles questions, pas de nouvelles victimes…. Je passe mon tour !
Sans rancune, Philisine…
… pour cette fois !

Onze refait un petit tag pour la route ? Et pourquoi pas deux, tant qu’on y est ?

Pour beaucoup, le mois de mai rime avec ponts à rallonge voire, pour les plus chanceux, avec vacances. Et pour les plus chanceux encore, avec soleil et chaleur ! Si l’encéphalogramme plat affiché par ce blog depuis plusieurs semaines peut laisser penser que je fais partie des veinards, il n’en est rien.

C’est un fait établi : comme Noël tombe un 25 décembre, avril/mai est toujours plus que (sur)chargé au taff, ne me laissant que très peu de temps pour lire, encore moins pour rédiger mes billets.
C’est chronique. J’ai appris à ne pas m’en désoler outre-mesure.

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Enfin… je fais de mon mieux, en tout cas.

Les deux fois 11 questions du tag finement transmis par Caroline et du Liebster Award généreusement décerné par l’Insatiable Charlotte sont l’occasion rêvée pour ranimer ce salon moribond en lui insufflant un semblant de vie pour pas cher…



11 On commence avec Caroline :


1. Ton dernier coup de cœur littéraire ?

Pas de nouveau coup de cœur depuis Annabel, de Kathleen Winter.
Et je ne laisse pas échapper l’occasion de rappeler aux sourd(e)s et/ou aux étourdi(e)s de courir se jeter au plus vite sur le superbe Vie animale, de Justin Torres.


2. Une série télé à nous recommander ?

Inconditionnel de Chapeau melon & bottes de cuir (surtout période Emma Peel) que je place au panthéon des séries télé, je prends toujours autant de plaisir à regarder la ixième rediffusion de n’importe quel épisode de n’importe quelle saison (même de la dernière, c’est dire !).


3. Thé ou café ?

Au boulot, café. Serré, noir et sans sucre. À haute dose.
Mais dès qu’il s’agit de me poser, de prendre mon temps, j’apprécie un thé, généralement épicé, sans sucre et sans lait (ce qui me vaut toujours de passer pour un hérétique auprès de mes amis British).


4. Paris ou Marseille ?

S’il s’agit de la ville, sans hésitation, Paris.
Si on parle de foot, Paris itou… because Beckham, of course ! (pas besoin d’être grand clerc pour deviner que mon choix est motivé par ses atouts physiques plutôt que ses talents sportifs. Mais c’est bien là la seule façon de m’intéresser au foot en particulier, et au sport en général).


5. Facebook ou Twitter ?

Ni l’un, ni l’autre, je crois. Après plusieurs mois d’un usage plus ou moins sporadique, force est de constater que je ne sais tirer parti d’aucun des deux…
D’ailleurs, après plusieurs loupés récents, je me permets de rappeler ici que l’e-mail reste le moyen le plus sûr si on veut me toucher à coup sûr, en temps et en heure.


6. Une recette de cuisine simple et rapide à réaliser ?

En cuisine, les desserts ne sont pas mon fort. Alors quand des amis viennent dîner à la maison, je ressors souvent ma recette « fétiche »; facile, rapide, inratable, elle fait toujours son petit effet.

Pour 6 ramequins (à crème caramel/10 cm de diamètre) :
80 g de sucre / 2 gros œufs ou 3 moyens / 60 g de poudre d’amande / 250 g de mascarpone / Des fruits (au choix : griottes, abricots, prunes, framboises…) / Sucre glace

Préchauffer le four thermostat 6 (180°).
Dans un saladier, fouetter énergiquement le sucre et les œufs entiers jusqu’à obtenir un beau ruban mousseux.
Y incorporer la poudre d’amande. Puis le mascarpone.
Bien fouetter.
Passer les ramequins sous l’eau froide sans les essuyer (pour éviter de les beurrer).
Y déposer au fond les fruits en morceaux (autant que vous le souhaitez).
Verser l’appareil par-dessus.
Ajouter quelques morceaux de fruit en surface si vous le souhaitez. Moi, je le fais.
Saupoudrer de sucre glace. Moi, je ne le fais pas.
Enfourner 20 à 30 minutes.
Déguster tiède ou froid selon votre goût


7. Quelle nouvelle langue souhaiterais-tu apprendre ?

Toutes ! J’ai une véritable passion pour les langues alors que paradoxalement je n’en parle que peu… et mal.
En restant raisonnable, dans un premier temps, je serais déjà comblé si je pouvais dérouiller mon allemand et perfectionner mon arabe. On pourrait ensuite se remettre sérieusement à l’espagnol, en reprenant tout depuis le début…


8. Fred Lopez ou Daniel Morin ?

Le choix va être vite fait : je ne sais pas qui est Daniel Morin.
Et puis, au-delà de son physique, et en dépit de son côté Bisounours, Frédo Lopez me touche par la faille qu’on devine chez lui.


9. Hier ou demain ?

L’espoir plutôt que les regrets. Alors, demain. Parce qu’on ne sait jamais ce qu’il nous réserve.
Pour autant, regarder devant ne dispense pas de tenir compte des leçons du passé.


10. Avec ou sans bulles ?

Des bulles, des bulles, des bulles. De savon, de chewing-gum… Dans le bain, dans les verres… Les bulles, c’est la joie, la légèreté, l’insouciance…
(Je vois déjà sourire ceux qui me connaissent : c’est tout ce que je ne suis pas ? Oui, et alors ? J’aime les bulles, épicétou !)


11. Un jour, je serai…

Zen… peut-être.





liebster-award On remet ça avec l’Insatiable Charlotte :


1. Le métier idéal ?

Rentier.
Pour me payer le luxe de concrétiser le projet qui me tient à cœur, de prendre tous les risques sans me soucier outre-mesure des éventuels revers financiers qui pourraient mettre l’avenir en péril, et de pouvoir m’investir comme si de rien n’était dans un nouveau projet, si jamais je me plante. Parce que la passion, les projets, l’enthousiasme, la motivation, c’est bien joli, mais sans un minimum de financement au départ, ça ne sert à rien (appel au peuple : un petit crowdfounding pour lancer une nouvelle collection littéraire, ça vous tente ?).
Le métier idéal est celui que l’on fait par passion. Au quotidien malheureusement, ça se résume souvent au meilleur compromis possible entre ses aspirations et la réalité, entre la passion et les contingences matérielles.


2. La plus belle chose au monde ?

La vie, et son corollaire, l’amour (si avec ça, je ne passe pas le cap des prochaines présélections au concours miss France…)


3. L’auteur dont tu achètes inconditionnellement chaque nouveau livre

Michel Tremblay, Peter Cameron, Laurent Mauvignier, Denis Lachaud…


4. Un remède de grand-mère que tu utilises

S’allonger dans l’obscurité la plus totale et le silence en cas de migraine, ça compte ?


5. Le livre que tu n’arrives jamais à finir, même après plusieurs tentatives

Généralement, j’essaie d’aller jusqu’au bout de mes lectures. Si un livre me tombe des mains, il y a de fortes chances pour que je n’y revienne pas de sitôt. Il y en a trop derrière qui attendent leur tour…


6. La pièce d’une maison que tu préfères

Chez les autres : la bibliothèque, même si, souvent aujourd’hui, ce n’est plus une pièce à proprement parler. C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de parcourir les rayonnages -avec plus ou moins de discrétion.
J’aime aussi visiter les cuisines et les salles de bains, qui en disent bien plus long sur leurs propriétaires que les pièces “d’apparat”.


7. Une devise

« C’est toujours ça de pris. ».


8. Le personnage de roman que tu aimerais rencontrer

Le narrateur de Vie animale (qui n’est autre, à peu de choses près, que l’auteur lui-même).
Et pour ne pas passer pour un monomaniaque, j’ajouterai la Nana (Rhéauna), de Tremblay. Et sa Ti-Lou, la guidoune que j’ai hâte de retrouver dans Au hasard de la chance qui vient tout juste de paraître en France.


9. Le film inavouable que tu as vu à plusieurs reprises ?

Certains pornos mis à part, la trilogie des Austin Powers, peut-être…


10. Ta chanson fétiche

Unchained Melody, des Righteous Brothers.


11. Le remède contre un coup de blues

Écouter les vieux tubes de Sheila, et finir par les chanter à tue-tête ! (sorry, God. Forgive me.)




Voilà, ce blog s’en retourne à son état semi-comateux pour quelques semaines encore.
Je n’en continuerai pas moins à vous lire avec plaisir d’ici là.

Careless talk costs lives* CAMERON, Peter - Coral Glynn

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Un vieux manoir isolé dans la campagne humide anglaise, à l’aube des années 1950.
Un gentilhomme sous le charme de la jeune infirmière engagée au chevet de sa mère mourante. Une domestique acariâtre qui veille jalousement à la bonne intendance de la demeure.
Un vol de bijou, un meurtre, du sexe, des suspicions, des malveillances, des non-dits…

Autant d’ingrédients qu’on pourrait croire tout droit sortis d’un épisode de la série Downton Abbey.
Mais malgré sa saveur toute British, Coral Glynn, formidable étude de mœurs, est bel et bien l’œuvre d’un Américain : Peter Cameron.



Coral Glynn est appelée à Hart House pour assister les derniers jours de Mrs Hart qui se meurt d’un cancer. Supervisée par Mrs Prence, fidèle et revêche gouvernante, la maisonnée se réduit à la mourante et à son fils, le major Clement Hart, gravement blessé quelques années auparavant, pendant la guerre.

Malgré la gentillesse du major, la jeune Coral ne se sent pas à l’aise au manoir et ressent régulièrement le besoin de s’échapper de son ambiance pesante et lugubre.
C’est lors d’une de ses sorties dans les bois avoisinant la propriété que sa patiente décède, seule dans sa chambre. Un “manquement” aux yeux de Mrs Prence, qui, dès lors, réservera à Coral son indéfectible animosité !

Sa mère disparue, Clement se retrouve complètement seul, sans autre relation que son ami d’enfance, Robin. En dépit de leur différence d’âge et de classe sociale, Clement propose alors à Coral de l’épouser.

« À la suite de ses blessures, le major Hart s’était vu conseiller de soigner ses brûlures par des greffes cutanées, mais l’idée d’être littéralement écorché vif aussi peu de temps après avoir été brûlé vif lui avait paru si barbare, qu’il avait préféré vivre avec sa peau endommagée. Et assez curieusement, il s’aperçut même avec tristesse qu’il se réjouissait presque de cette dégradation physique, car elle l’excluait du champ de l’existence qu’il redoutait le plus : il était persuadé que son corps abîmé était rédhibitoire en tant qu’amant et, par conséquent, en tant qu’époux ; il éprouvait alors un grand soulagement à la perspective de se retrouver ainsi dispensé de l’amour et du mariage, de même que de toutes les complications ou avanies, initiales et ultérieures, qu’ils occasionnent. Le major se considérait irrévocablement mis à l’écart du monde des relations intimes – une délivrance à ses yeux, car il s’était toujours senti mal à l’aise avec les gens en général et les femmes en particulier – et il savait que, désormais, personne ne s’attendrait à ce qu’il cherchât épouse. Il était comme ces garçons éclopés ou au cœur fragile qui, dispensés de sport à l’école, encourageaient de la ligne de touche leurs camarades en bonne santé qui s’affrontaient maladroitement sur le terrain boueux. Mais l’arrivée de Coral à Hart House l’avait changé et il avait pris conscience que l’ardeur de la passion – qu’il avait crue définitivement réprimée – enflait en lui. Il s’était figuré avoir réussi à exiler l’amour, mais, tel un chien dont on ne veut plus et que l’on abandonne à des kilomètres, il était revenu à la maison en boitant. »


Prise au dépourvu, la jeune fille naïve et inexpérimentée ne sait que répondre à la demande incongrue de son employeur. Comme à chaque fois qu’elle se trouve face à un dilemme, elle est prise de panique, incapable d’analyser clairement la situation, de faire la part des choses. Épouser un homme gentil, qui lui apporte un domaine et une fortune, est-ce de cela dont elle rêve ? Est-ce là le mieux à quoi elle peut prétendre une jeune fille sans famille de sa condition ?
Coral finit par accepter la demande en mariage de Clement, sans être convaincue que c’est bien là ce qu’elle souhaite réellement.

« Alors qu’elle buvait son thé à petites gorgées, Coral balaya la bibliothèque du regard. J’habite ici, maintenant, songea-t-elle. Tout ce qui est là est à moi. Mais cela n’avait aucun sens : c’était comme de penser que Tombouctou lui appartenait. Elle était convaincue qu’elle se sentirait toujours étrangère ici. Mais il faut avouer qu’elle ne s’était jamais sentie chez elle nulle part. Au cours de ces dernières années, son travail itinérant avait fait d’elle une intruse qui, foyer après foyer, accompagnait à chaque fois la tache humide de la maladie ou l’ombre noire de la mort, hôte importune mais nécessaire, tolérée mais jamais adoptée. Alors il était impossible pour Coral de se figurer assise dans une pièce sans avoir l’impression que sa présence était imposée. »





Le lecteur le sent d’emblée : cette histoire d’amour entre deux éclopés de la vie ne s’engage pas sous les meilleurs auspices.
D’un côté, Clement envisage le mariage comme un remède à la solitude, et recherche une compagnie plutôt qu’une femme. De l’autre, Coral, sur qui pèsent les convenances sociales de l’époque, ne se sent nulle part à sa place, n’ose pas dire ce qu’elle pense vraiment, alors qu’un simple mot de sa part suffirait souvent à clarifier une situation confuse.

De la préparation à la nuit de noces, le mariage célébré à la hâte, quelques jours seulement après les funérailles de Mrs Hart, est un désastre dont les multiples accrocs sonnent comme autant de mauvais présages pour Coral : une robe de mariage déchirée avant même la cérémonie ; des inconnus choisis en désespoir de cause pour témoins…
Alors que la sinistre réception n’est même pas terminée, la police fait irruption pour interroger Coral suspectée dans un meurtre commis quelques jours auparavant dans les bois proches de Hart House. Jouant de son influence, Clement réussira tout de même à obtenir de l’inspecteur que celle qui est désormais la nouvelle Mrs Hart ne soit interrogée que le lendemain matin au commissariat.
La nuit de noces, qui par de nombreux aspects n’est pas sans rappeler celle décrite par Ian McEwan dans Sur la plage de Chesil, sera tout aussi catastrophique : Coral passera sa première nuit de femme mariée dans le lit où quelques jours plus tôt est morte la vieille Mrs Hart. Et comme si l’épreuve n’était pas suffisamment pénible, Mrs Prence marquera l’événement à sa façon en préparant sur le lit, à l’attention de Coral, une des chemises de nuit de la jeune sœur suicidée de Clement !

Cameron excelle tout particulièrement dans des dialogues à l’ironie féroce. Un exemple savoureux, parmi tant d’autres : au pub, Clement annonce à Robin, qu’il envisage de demander sa main à la jeune infirmière:

« Comment est-elle? Décris-la moi.
- Elle est plutôt jolie, je trouve, tout en étant assez ordinaire.
- Bah, n’importe qui serait joli en étant joli. Est-elle brune ou blonde ?
- Brune, avec des yeux noirs, aussi. Et relativement grande, et mince. Elle est très discrète et a un sourire charmant.
- Et comment est-elle faite ?
- Je te l’ai dit : elle est mince.
- A-t-elle des seins ?
- Je croyais que toutes les femmes en avaient.
- Oui, mais de grosseur différente. Quelle est la grosseur de ses seins ?
- Quelle drôle de question ! Pourquoi diable me demandes-tu ce genre de chose ?
- Parce que, comme je te l’ai dit précédemment, nous sommes deux hommes qui bavardent dans un pub. Nous devons nous efforcer de suivre le protocole.
- Alors je peux te dire que ses seins – je n’aime pas ce mot – sont parfaitement proportionnés.
- Quel mot préfères-tu ?
- Aucun. Je n’aime pas parler de ce sujet.
- La plupart des hommes, si. En tout cas des hommes qui veulent se marier. Il te faudra faire un effort.
- Je crois qu’elle m’apprécie, expliqua Clement. Je veux dire, à sa façon, timide et discrète. Sans démonstrations. Mais lorsque nous sommes ensemble, je devine…
- Quoi ?
- Je ne sais pas. Peut-être est-ce seulement mon imagination. Mais il y a quelque chose – quelque chose d’étrange. Enfin, d’inhabituel. Un sentiment que je crois partagé.
- Et quel est ce sentiment ?
- Je n’emploierais pas le terme de bonheur. De soulagement, peut-être. Le sentiment qu’il y a quelque chose de vivant entre nous. Une affinité, je suppose.
- De l’amour, peut-être ?
- Je n’irais pas jusque là, corrigea Clement.
- Oui, je sais, dit Robin. Tu n’es jamais allé jusque là. »





Satire du climat conservateur qui prévalait dans les années cinquante en Grande-Bretagne, Coral Glynn est le roman du non-dit, de l’allusion. D’ailleurs, comme dans Andorra, du même Peter Cameron, il flotte sur cette histoire comme un voile vaporeux qui rend la réalité des événements indistincte et mystérieuse.
À cet égard, Coral Glynn est aussi le roman du malentendu, du quiproquo. Et du gâchis. Il émane de chacune de ses pages la tristesse du bonheur manqué, de l’amour perdu.
Et si cela est vrai pour Coral et Clement, cela vaut également pour Robin, toujours amoureux de Clement. Robin qui, par désespoir a conclu un mariage de convenance, et qui voit son « ami d’enfance » lui échapper une seconde fois, au bras de Coral.

« « Amitié » : quel mot dur et frustrant ! Voilà qui n’avait guère de valeur, l’amitié. Voilà qui ne vous tenait pas chaud la nuit. Vous ne pouviez même pas la toucher. L’amitié vous donnait juste un peu de ce dont vous aviez énormément besoin, vous affamait à petit feu, vous affaiblissait, vous sapait. »



Je m’étonne que cet excellent roman, sorti depuis déjà six mois en France, n’ait pas eu plus de retentissement tant dans les médias que sur les blogs. Il est vrai que je suis un inconditionnel de Peter Cameron, que j’ai découvert avec Week end, roman qui figure avec Là-bas -et désormais Coral Glynn -, parmi mes préférés de l’auteur.
À la sortie de Coral Glynn aux États-Unis, les critiques ont comparé Peter Cameron aux sommités du roman de mœurs anglais : Barbara Pym, Elizabeth Taylor, Penelope Mortimer, ou encore Rose Macaulay. D’autres ont cité Wilkie Collins, les sœurs Brontë et Ruth Rendell.
À découvrir d’urgence, donc !

* “Parler à tort et à travers peut coûter des vies” (1940),
slogan de propagande du gouvernement britannique lors de la seconde guerre mondiale.





Le site web officiel de Peter Cameron, pour tout savoir de son actualité.
Rivages ne proposant aucun extrait de Coral Glynn, les anglophones pourront se rabattre sur l’extrait en V.O., disponible sur le site de l’éditeur américain.
De même, ils pourront écouter Peter Cameron parler de son dernier roman sur le site de WMYC (audio) et la chaîne You**be d’Open Road Media (vidéo).



À propos de Coral Glynn, je n’ai recensé à ce jour dans mon agrégateur que l’avis de Cinquième de couverture :

« Un roman tout en ellipse, en non-dit, en pudeur. Un roman d’ambiance, où l’on voudrait s’ennuyer sans y parvenir. Un film, adapté d’un roman de Jane Austen, m’avait donné ce sentiment : “Orgueil et préjugés”. Assurément, “Coral Glynn” pourrait être porté sur grand écran. Une jolie comédie de mœurs si le roman ne portait pas autant de tragédies. »


Coral Glynn, de Peter Cameron
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Bruno Boudard
Rivages (2012) - 288 pages

C'est jamais bon de laisser traîner les créances, et surtout de permettre au petit personnel de rêver* DOUBINSKY, Sébastien - Le feu au royaume

feu-royaume-sebastien-doubinsky-ecailler « Je m’étais promis de ne pas chialer en voyant le cadavre de mon fils, mais j’ai regretté de ne pas avoir apporté de mouchoir. C’est encore Bourdeau qui m’a tendu un paquet de Kleenex. J’ai pleuré comme une madeleine. J’ai eu envie de me jeter sur son corps froid, d’embrasser ses cheveux, de me rouler par terre en maudissant les dieux. Je l’ai fait en moi, tout au fond, dans mon théâtre privé, mais après m’être mouché plusieurs fois, j’ai dit « oui, c’est bien lui », Bourdeau a hoché la tête, et le drap a recouvert pour toujours le visage rafistolé tant bien que mal de mon enfant. »



À 67 ans, André Thiriet, alias Dédé la Classe, est rangé des voitures.Cela fait des années qu’il a quitté Paname où il régnait en caïd dans les années 70.
Aujourd’hui, il coule ses vieux jours au soleil de la Costa Brava, aux côtés de sa femme, Gloria, une diva qu’il a épousée alors qu’elle trustait les pages mondaines des journaux. Atteinte d’Alzheimer, celle-ci n’est plus que l’ombre d’elle-même.
C’est donc à contrecœur que Dédé quitte la douceur espagnole : son fils unique, Alexandre, à qui il avait transmis le flambeau, vient d’être abattu par un motard à un feu rouge, en plein jour.

Quand il débarque à Paris pour identifier le corps de son fils et régler les funérailles, le vieux briscard ne reconnaît plus son « territoire » d’antan : les choses ont bien changé depuis ses années de règne.
Le milieu n’est plus celui qu’il a connu : le code d’honneur a disparu en même temps que les Arabes et les Corses, quand sont arrivés les Russes et les Chinois ; tout comme dans le camp adverse l’éthique s’en est allée quand les flics ont remplacé les poulets.

Heureusement pour Dédé, le commissaire Bourdeau est toujours dans la place et c’est lui qui est en charge de l’affaire Lui possède encore cette éthique du métier et des relations truands/forces de l’ordre. Avec lui, Dédé est en terrain connu et il lui fait confiance quand il l’assure que tout sera fait pour retrouver l’assassin de son fils.
Mais le vieux truand n’a pas l’intention d’attendre la fin de l’enquête de la maison Poulaga pour venger Alexandre.
Déboussolé dans une ville et un monde qui lui sont désormais étrangers, il commence par faire la tournée de ses anciens complices, censés veiller sur Alexandre.



Dans Le feu au Royaume, Sébastien Doubinsky ressuscite la grande époque des romans et films noirs des années 60/70, et tout particulièrement les incomparables Tontons Flingueurs de Lautner. Le Dédé la Classe de Doubinsky est le digne cousin éloigné du Fernand Naudin d’Audiard, et ses acolytes font bigrement écho aux Raoul Volfoni, Maître Folace et autres Théo immortalisés par Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche et Robert Dalban.

L’histoire en elle-même est classique : pour venger la mort de l’un des siens, un truand part sur les traces du/des coupable(s) à travers la ville. Mais en l’occurrence ici, ce qui fait l’originalité de Le feu au royaume, c’est la mélancolie et la nostalgie, voire une certaine tristesse, qui s’en dégagent.
L’homme est loin d’’être un ange, mais on s’attache à Dédé, caïd vieillissant forcé de sortir de sa retraite, qui prend pleinement conscience qu’il est définitivement hors-jeu dans un Paris sur lequel il a jadis régné en maître mais qui aujourd’hui n’existe plus. Dédé, amoureux fou d’une femme dont l’esprit est irrémédiablement parti en sucette. Dédé, père meurtri par la mort prématurée de son fils unique.

Diablement efficace, l’action du Feu au royaume se déroule sur dix jours, séquencée en chapitres on ne peut plus ramassés, quelques pages seulement, souvent une seule, voire une demie (ce qui, sur un format de livre aussi petit, ne représente guère plus d’une phrase ou deux).
Le rythme soutenu, les dialogues enlevés, le style sans fioriture font qu’on dévore d’une traite cette courte histoire, suffisamment émouvante pour qu’on referme le livre avec un petit pincement au cœur.


J’en profite pour vous inciter à découvrir également, Quién es ?, autre roman de Sébastien Doubinsky que j’ai également beaucoup aimé.

* Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs (1963), écrit par Michel Audiard.





Ce qu’ils en ont pensé :

L’anagnoste : « Le Feu au royaume fait montre de qualités cinématographiques incontestables (…) et comblera de plaisir tous les amateurs de polars et de cinéma français d’après-guerre. »

Encore du noir : « Dans une atmosphère crépusculaire à la Melville, Doubinsky nous fait faire un bout de chemin aux côtés de ce personnage repoussant par bien des aspects et terriblement attachant. Et il nous prouve que l’on peut dire beaucoup et le dire bien en moins de 500 pages. »

D’autres avis sur Babelio.

Le feu au royaume, de Sébastien Doubinsky
L’Écailler (2012) - 145 pages

Kathleen Winter : « Avec l'âge, si on ne vit pas en bonne intelligence avec l’ambigüité et l’incertitude, on est sûr de ne pas vivre heureux. » WINTER, Kathleen - Annabel

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Kathleen Winter © D.R.



Pour faire suite au billet sur Annabel, roman de Kathleen Winter, voilà un entretien avec l’auteur qui devrait convaincre les hésitants et faire se précipiter les autres chez leur libraire le plus proche.



Annabel est votre premier roman publié. Comment et pourquoi êtes-vous venue à l’écriture ?

Mon père m’a appris à lire phonétiquement quand j’avais deux ou trois ans. Puis il m’a emmenée à la bibliothèque. Aussitôt que j’ai eu lu mon premier livre, j’ai su que je voulais écrire des livres.


Quelle a été la genèse d’Annabel ?

Une de mes relations m’a rendu visite un été. Elle m’a alors parlé d’un enfant intersexué (elle disait, elle, enfant hermaphrodite). Je ne savais pas vraiment qu’on pouvait naître intersexué. J’ai commencé à me demander ce que cela pouvait être de naître ainsi, et j’ai cherché tout ce que j’ai pu sur le sujet. Ensuite, j’ai écrit une nouvelle qui est devenue un roman. Tout ce cheminement a pris près de trois ans.


Vous avez situé votre roman à la fin des années 60. Est-ce parce que vous pensez que les choses auraient été très différentes de nos jours ?

Avant de pouvoir écrire, j’ai besoin de me représenter chaque chose clairement dans mon esprit. Je voulais montrer la texture, les sons et les odeurs de la vie telle que l’a connue un enfant qui a grandi dans les années 70, qui est l’époque de ma majorité.
Je pensais vraiment que les choses seraient différentes pour un enfant comme Wayne/Annabel aujourd’hui, mais mes lecteurs intersexués m’ont dit que leur histoire n’est pas différente ; ça ce passe encore ainsi aujourd’hui.


De même, vos personnages vivent dans un coin reculé du Labrador. Pensez-vous que la situation aurait été plus facile dans une grande ville ?

Je n’en suis pas certaine. Je sais comment fonctionnent les petites villes et j’ai vécu quelque temps dans le Labrador. Je voulais que transparaisse la puissance de la terre, tout comme ses réalités sociales.
En ville, l’histoire aurait été très différente, mais pas forcément dans le sens où moi je l’aurais souhaité.


Le Labrador, et la nature en général, tiennent une grande place dans votre roman. Ils sont des personnages à part entière, au même titre que Jacinta, Thomasina ou Treadway. Dans le livre, la nature est un havre de paix, une source de bien-être. Est-ce une façon pour vous de dire que laisser Wayne/Annabel tel(le) que la nature l’a fait(e) aurait été la décision la plus sage à prendre ?

J’aime cette question. La réponse est peut-être oui. La nature possède une telle sauvagerie, une telle force et, en même temps, elle renferme dans chacun de ses aspects une beauté et une harmonie intenses. Alors, oui, peut-être que la calligraphie des arbres, des herbes, des racines et des nuages laisse entendre qu’il y a de la beauté dans tout être vivant, et cela inclut l’enfant Wayne/Annabel.


La culture inuit tient une grande place dans votre roman. Étiez-vous déjà familiarisée avec cette culture avant de commencer l’écriture de ce livre ? Pensez-vous qu’elle possède une sorte de sagesse que la culture occidentale a perdue depuis longtemps ?

J’ai passé du temps dans des camps de chasseurs Inuits, j’ai vécu plusieurs années à Terre-Neuve et dans le Labrador où vivait une ethnie indigène aujourd’hui éteinte, les Beothuk, et où vivent encore d’autres cultures aborigènes du Canada. Je ne prétends pas connaître ces cultures en profondeur, mais comme vous le dites, je pense réellement qu’en Amérique du nord, ma propre culture (celle des colons blancs européens) s’est éloignée de son centre et a perdu le lien avec le « soi » et sa force, ainsi que le lien avec les autres mais aussi avec la terre, l’air et l’eau.


Dans Annabel, vous traitez d’un sujet sensible. Pendant le processus d’écriture, étiez-vous attentive à ce que vous disiez ? Craigniez-vous de blesser certaines personnes ?

Plus que tout, je voulais écrire la vie de Wayne/Annabel de façon ordinaire et sans sensationnalisme. Je voulais que l’histoire dépasse le cadre médical et aborde les affaires du cœur et de l’âme.
J’ai essayé de toujours garder à l’esprit la signification de mes mots et ce à quoi ils renvoyaient. J’ai été profondément touchée que des lecteurs intersexués et leurs amis aient été émus par mon travail.


J’imagine que vous avez dû faire des recherches poussées sur l’hermaphrodisme. De toutes les sources (articles de presse, littérature, études médicales), laquelle vous a été la plus utile à l’écriture ?

Ma fille, qui étudie les Women’s Studies à l’université de Montréal, m’a donné des textes sociologiques, littéraires et médicaux de certains de ses cours. J’ai ainsi appris de nombreux faits médicaux.
J’ai essayé autant que possible de lire les textes d’écrivains et d’orateurs intersexués, et je suis allée explorer tout au fond de moi mes propres sentiments, expériences et souvenirs sur le genre et sur la façon dont la société crée des frontières entre les concepts de masculinité et de féminité.


Vous montrez que déterminer si Wayne est un garçon ou une fille n’est finalement qu’une histoire de taille de pénis. Malheureusement, n’est-ce pas toujours le cas dans la vie en général ?

On aime se reposer sur les nombres, les mesures, les statistiques. Mais j’ai le sentiment que ce qui est vraiment important se situe ailleurs.


Tandis que Jacinta est plus encline à laisser son bébé tel qu’il est né, dans le plus grand flou, pour Treadway, il n’existe aucune autre option que de trancher pour un sexe ou l’autre. D’une façon générale, pensez-vous que les hommes sont moins à l’aise que les femmes avec l’ambigüité ? Ce qui ferait des femmes des êtres plus tolérants que les hommes.

Il est difficile de généraliser, mais je dirais que je me sens plus à l’aise avec l’ambigüité que la plupart des gens semblent l’être. J’essaie d’apprendre à mes enfants à penser de la sorte, et de cultiver des amitiés avec des personnes qui n’ont pas de problème pour s’ajuster. Je pense qu’avec l’âge, si on ne vit pas en bonne intelligence avec l’ambigüité et l’incertitude, on est certain de ne pas être heureux dans la vie.


Les noms de vos personnages sont importants dans la mesure où ils disent beaucoup sur ceux qui les portent. Vous avez choisi d’intituler votre roman Annabel et non pas Wayne (ou Wayne & Annabel). Est-ce que parce que vous considérez qu’il y a chez Wayne plus de féminin que de masculin ?

Dans mon esprit, tout le temps où j’ai écrit le livre, je l’ai appelé Wayne/Annabel. C’est seulement quand j’ai imaginé le lecteur nez à nez avec le livre, dans une bibliothèque ou sur son étagère, que j’ai pris conscience que je voulais que le “Annabel” caché soit le premier nom auquel il soit confronté.


Vous avez choisi une fin ouverte pour votre roman. Au lecteur d’imaginer l’avenir de Wayne/Annabel. Vous, vous le voyez comment, cet avenir ? Pensez-vous que vivre sans avoir de sexe clairement déterminé est viable sur le long terme ?

Cela dépend du type de société, de la capacité de l’environnement social à montrer de la de compassion et de la compréhension. Je crains que nous soyons loin de cet idéal et j’espère que nous continuerons à nous acheminer vers un monde où la vie d’un genre double ou indéterminé sera appréciée pour cette chose, précieuse et belle, qu’elle est en vérité.


À titre personnel, Treadway est le personnage qui m’a le plus ému. La façon dont il essaie de gérer la situation, comment il s’efforce de réagir de la meilleure façon qui soit pour son enfant alors qu’il n’est pas dans sa nature d’exprimer ou de montrer ses sentiments. Quel est votre personnage préféré ? Qu’y a-t-il de Thomasina en vous ?

Treadway est également mon personnage préféré. Je n’avais pas idée, quand il est apparu dans l’histoire, qu’il possédait tant de degrés de compréhension et de compassion. Je ne savais pas ce qu’il allait faire jusqu’au moment où il agissait. J’ai appris de lui quand j’ai écrit ce livre.
Le personnage de Thomasina est basé (comme beaucoup de mes personnages) en partie sur des versions composites ou des collages de personnes que je connais. Il m’a tellement fallu imaginer leur mondes intérieurs que je pense qu’il y a un peu de moi dans à peu près tous les personnages du livre. Et puisque nous avons tous plusieurs personnalités en nous, j’ai pu puiser certains détails dans mes vies intérieures.
Mais, de la même façon, certains aspects des personnages sont complètement fabriqués, même s’ils sont fidèles à certains principes et certaines énergies que j’ai pu observer ailleurs, à un moment donné.


Avez-vous dû batailler pour imposer le thème de votre roman à votre éditeur ? Avez-vous été surprise par l’accueil chaleureux que les lecteurs ont réservé à votre livre ?

Mon éditeur m’a toujours témoigné son soutien. La seule bataille que j’ai dû mener, vraiment, était une bataille technique contre mes propres habitudes de travail et mes capacités. J’ai dû travailler très dur pour que le livre se tienne et que sa structure soit exploitable. J’ai beaucoup appris en l’écrivant.


J’imagine que vous avez rencontré vos lecteurs lors de séances de dédicaces/lectures. Votre public est-il hétérogène ou en ressort-il un profil type ? Quel est le point commun de vos lecteurs ?

J’ai été surprise de l’enthousiasme qu’a suscité ce livre chez des hommes d’un certain âge, des ados, des hommes et des femmes d’une cinquantaine d’années et beaucoup d’autres lecteurs. Je pense que, peut-être, beaucoup d’hommes ont aimé ce qu’ils ont lu sur Treadway. Mais alors que j’écrivais le livre, je n’imaginais pas que des hommes mûrs et même âgés aimeraient le roman à ce point.


Bien que mon expérience personnelle soit très différente de celle de Wayne, en tant que gay, je partage avec lui un certain décalage avec les autres, ce sentiment d’être marginalisé d’une certaine façon. En écrivant Annabel, pensiez-vous toucher également le public gay (et même plus largement encore) ?

Il semblerait que beaucoup de gays se soient identifiés à Wayne, et je n’avais vraiment pas pensé à ça. Je n’en étais pas consciente jusqu’à ce que le livre soit publié. J’ai reçu des lettres tendres et poignantes de jeunes lecteurs gays. Cela m’a énormément émue que le livre touche le public gay comme il l’a fait.
Cela m’honore d’avoir pu raconter cette histoire de façon à ce qu’elle touche les gays. Cela me donne le sentiment d’avoir accompli dans ma vie quelque chose qui vaille la peine. C’est très important pour moi, et j’en suis reconnaissante ; je me sens « connectée », moins seule.


Pouvez-vous nous dire sur quels projets vous travaillez actuellement ?

Je travaille sur des mémoires personnelles d’un voyage à travers ce qu’on appelle le passage du Nord-Ouest, qui traverse le Canada Arctique. Je travaille aussi sur un recueil de nouvelles.



Comme d’habitude, pour qui préfère lire les propos de l’auteur dans le texte, la version originale de cet entretien est disponible en annexe de ce billet.

Le sexe des anges WINTER, Kathleen - Annabel

annabel-kathleen-winter-bourgois En cette fin d’hiver 68, niché au fin fond du Labrador canadien, le petit village de Croydon Harbour s’apprête à accueillir une nouvelle âme : Jacinta Blake va donner naissance à son premier enfant.
Comme souvent dans les coins reculés, la future maman accouche à la maison. Auprès d’elle s’affaire son amie Thomasina, une voisine qui s’est improvisée sage-femme pour l’occasion.

Son mari, Treadway, « n’a pas l’intention de traîner à la maison pendant l’accouchement – il est venu déjeuner et retournera d’ici une heure fendre les eaux de la rivière Beaver dans son canot blanc ».
Non pas qu’il n’aime pas Jacinta, mais en bon Labradorien, cet homme taciturne et consciencieux a les grands espaces dans le sang.
« Treadway aime sa femme parce que il a promis de l’aimer. Mais le cœur de la vie sauvage l’appelle et il chérit ce cœur plus que cette promesse. » p. 20

L’accouchement se déroule normalement, le nouveau-né est en pleine santé. À un détail près : il présente à la fois les attributs sexuels mâles et femelles.



Fille ou garçon ? C’est à la médecine que revient le dernier mot, car comme trop souvent dans notre société, tout est affaire de taille de pénis. Phallomètre à l’appui, celui du bébé est étiré à son maximum et mesuré au centième de millimètre près !
Puisqu’il atteint un centimètre et demi, l’enfant est officiellement considéré comme mâle, et condamné à suivre un traitement, puis à subir les opérations appropriées.

Le secret est bien gardé. Dans le petit village, à part les principaux intéressés, tout le monde ignore la situation.
Prénommé Wayne en mémoire de son grand-père, l’enfant est donc élevé comme un petit garçon, ce qui réjouit Treadway qui désirait un fils avec lequel partir chasser, relever les lignes de trappe, pêcher, stocker le bois, bricoler… Bref, réaliser toutes les tâches du quotidien d’un mâle du Labrador soucieux du bien-être de sa famille lors des très longs hivers.
Pour sa part, si elle se montre résignée, Jacinta ne peut s’empêcher de penser à cette fille que son enfant aurait pu être.

« Pour ce pâté, elle modèle ses noix de graisse en forme de cœur. Personne ne le saura parce que la couche de pâte va les recouvrir. Wayne l’ignore et, surtout, Treadway l’ignore. Elle fait la même chose avec la moutarde des sandwiches que Wayne emporte à l’école, mais cette fois avec des mots. Elle écrit des messages subliminaux à son fils, des messages qu’il va manger. Elle écrit « Mon fils chéri » et « Sois brave ». Pour sustenter secrètement son enfant. Elle a une fois écrit « Ma fille », mais n’a pu se résoudre à glisser ce sandwich dans la boîte à lunch de Wayne. Au cas où le sandwich s’ouvre et que les deux mots soient encore visibles et que quelqu’un les lise. C’est elle qui a mangé le sandwich de sa fille. » p. 108

Auprès d’elle, Wayne sait d’instinct qu’il peut aborder certains sujets qu’il se garde bien d’évoquer avec son père.


L’enfance de Wayne se déroule donc (presque) normalement, même si le petit garçon reste un peu à part, toujours en décalage avec les autres gamins de son âge.
À leur compagnie, il préfère celle de son amie Wally qui rêve de devenir chanteuse lyrique.

« Il aimerait demander à Wally de l’appeler Annabel. Former une paire d’amies inséparables comme Carol Rich et Ashley Chalk, qui jouent à la bataille navale dans la classe de M. Wiggleworth et se partagent des bâtons de réglisse sur l’escalier de secours de l’école. Wally et Annabel. » p. 252

Fasciné par la natation synchronisée, il se passionne pour les épreuves olympiques dont il suit les retransmissions télévisées avec Jacinta. Chaque fois qu’apparaît la nageuse russe, ses yeux brillent d’admiration.

« On ne pourrait pas m’acheter un maillot de bain comme Elizaveta Kirilovna sans rien dire à Papa ?
- Je ne crois pas.
- Ça veut dire peut-être ?
- Je ne pense pas, Wayne.
- Même si je le voulais très fort, très, très, très fort et que je ne lui disais rien et qu’il ne le saurait jamais et que je l’achetais avec mon argent à moi ?
- Je ne sais pas si je peux me rendre complice d’une chose pareille, Wayne.
- Qu’est-ce que ça veut dire, complice ?
Jacinta revisse le couvercle de du pot de beurre de cacahuète Skippy.
- Tu es complice quand tu participes à quelque chose en secret, en le cachant à une autre personne.
- Et c’est toujours mal ?
- Ça peut l’être si tu caches quelque chose de grave à quelqu’un que tu aimes.
- Mais ça pourrait être bien, aussi ?
- Si tu le faisais pour sauver ta vie.
- Et si c’était entre les deux ?
- Tu me donnes mal à la tête, Wayne.
- Imagine que tu caches quelque chose d’important à quelqu’un que tu aimes parce que ça va te sauver la vie…
- Wayne.
- Parce que j’aimerais vraiment, vraiment, vraiment, vraiment…
- Arrête.
- … avoir un maillot comme Elizaveta Kirilovna. Plus que tout au monde. » p. 90-91


Le passage à l’adolescence va se révéler plus problématique. L’écart entre lui et les autres, son père en particulier, va grandissant à mesure que sa part de féminité lutte pour faire surface et s’exprimer librement.

« Vous définissez un arbre sans voir ce qu’il est ; il devient le nom que vous lui donnez. C’est la même chose pour les hommes et les femmes. Où que Wayne tourne son regard, il ne voit que l’un ou l’autre, homme ou femme, abandonné par l’autre. Ces deux solitudes peuvent-elles accepter de voir Wayne enjamber ce fossé sans le qualifier de monstre ? » p. 348

Pensant vivre ce combat intérieur plus facilement en ville, Wayne part s’installer à Saint-Jean de Terre-Neuve, contre l’avis de Treadway.



Certains se poseront la question, fatalement.
Autant balayer leurs craintes d’entrée : Annabel, premier roman de Kathleen Winter, n’a rien d’une étude clinique à l’usage des internes en médecine ou d’une chronique croustillante pour voyeurs en mal de sensationnel. La simple évocation de Middlesex, de Jeffrey Eugenides devrait suffire à évacuer tout malentendu.
De l’hermaphrodisme (aussi appelé intersexuation), l’auteur canadien ne considère que l’aspect humain. Avec finesse et pudeur, à partir d’un cas exceptionnel (on recense un cas d’hermaphrodisme vrai sur 83 000 naissances), elle propose une réflexion sur des questions universelles comme le genre, l’identité, la différence, et leur indissociables contreparties : la cruauté, l’intolérance, la moquerie, la pression sociale, le qu’en-dira-t-on.

Une des grandes forces de ce roman réside dans ses personnages, profondément humains, totalement ordinaires et donc, forcément complexes.
Tout d’abord Wayne/Annabel, bien sûr, que l’on suit sur une vingtaine d’années. Un enfant qui étouffe sous le poids du secret et des non-dits, un être en devenir, toujours en construction, tant physiquement que psychiquement.

« Wayne a la sensation que toute l’histoire de sa vie s’accumule comme un nuage. Il ne peut pas en parler de manière cohérente. Il aimerait l’expliquer à quelqu’un mais ignore comment s’y prendre parce qu’en un sens les aspects physiologiques, avec leurs étiquettes et leurs termes médicaux, réduisent tout ce qu’il est à quelque chose qu’il ne veut pas être. (…)
(…) il ne peut expliquer tout ce qu’il est avec seulement des mots. Le nuage se déploie à l’intérieur de lui pour gagner sa gorge où il se ramasse en une boule de plomb et de tristesse. Une boule qui risque de rendre muet. » p. 412



Ses parents, un couple uni, vont progressivement s’éloigner à force de tensions croissantes, pour finir par devenir des étrangers l’un pour l’autre, deux solitudes vivant côte à côte.
Résignée, Jacinta est une mère rongée par la culpabilité pour avoir permis que soit étouffée la part féminine de Wayne.

« Ça doit ressembler à ça d’avoir une fille, songe Jacinta, mais elle enfouit cette pensée au plus creux d’elle-même. Elle ignore ce qui pourrait faire le plus de tort : laisser cette nappe souterraine jaillir librement à la surface ou la priver d’eau graduellement jusqu’à ce qu’elle finisse un jour par tarir. » p. 104

« Dire la vérité ou en subir les conséquences. Si vous taisez la vérité, vous ne pouvez pas gagner. Vous avalez la vérité et elle durcit dans votre ventre pour vous empoisonner lentement. » p. 154

Quant à Treadway, homme incapable de se confier, pas plus que d’exprimer ou d’afficher ses sentiments, il s’y prend très maladroitement avec ce fils si singulier.
Heureusement, il y a Thomasina, l’ange-gardien, qui dès sa naissance s’est prise d’affection pour ce garçon-fille qu’elle appelle Annabel, en souvenir de sa fille disparue, quand ils ne sont que tous les deux. Présence protectrice, par delà les années et les kilomètres, elle veille sur Wayne et se manifeste fidèlement au travers des cartes postales qu’elle lui envoie du monde entier.


Enfin, il y a le Labrador, son univers rude, hyper masculin ; une région sauvage et reculée où la nature somptueuse rythme la vie des habitants et leur impose ses conditions de vie exigeantes.

« Rares sont les moments, dans la vie des femmes, où elles peuvent sentir le soleil palpiter sur leurs paupières dans un endroit caché sans personne pour leur demander quoi que ce soit,. Leur demander où est le sel ou leur enjoindre d’attendre un homme qui peut rentrer dans trois mois ou ne jamais revenir. Les femmes de Croydon Harbour savent toujours ce qu’on attend d’elles, et elles se plient à ces injonctions, tout comme les hommes sont censés accomplir certaines tâches, eux aussi, ce qu’ils font, si bien qu’il ne reste jamais de temps pour autre chose. »p. 41-42

Plus qu’un sublime décor, cette nature est un personnage à part entière ; sa rigueur marque profondément les caractères et les individus. C’est aussi, pour Treadway un lieu un peu magique, propice au recueillement et au ressourcement.

« Treadway Blake se rend en ce lieu comme il l’a toujours fait, ce berceau des saisons, de l’éperlan et du caribou blanc, source d’un savoir profond qu’on ne trouve pas dans les créations humaines. Ce n’est que dans le vent qui balaie le territoire que Treadway goûte cette liberté que son fils va chercher ailleurs. Treadway est un homme du Labrador, mais son fils est parti comme partent les fils et les filles du pays, en quête d’une liberté que leurs pères n’ont nul besoin de chercher parce qu’elle les habite. » p. 454





Premier roman de Kathleen Winter, Annabel est une magistrale et bouleversante réussite. Le récit, grave, tendu, sans cesse sur le fil, souvent poétique, est d’une profonde beauté.



Les vingt premières pages sont à lire et/ou à télécharger ici.
L’auteur lit un extrait (en V.O.) ici.

Kathleen Winter blogue régulièrement à cette adresse.
Lors de la sortie d’Annabel au Québec, elle a donné plusieurs entretiens dont un aux Éditions du Boréal (vidéo) et un autre à Radio Canada International (audio).


Un excellent moment de lecture que je dois à la dernière opération Masse Critique de Babelio ainsi qu’aux éditions Christian Bourgois.

L’avis de La Livrophile.

Annabel, de Kathleen Winter
Traduction de l’anglais (Canada) : Claudine Vivier
Christian Bourgois (2013) - 464 pages

Le tag des 11

Lystig m’a désigné comme victime (consentante) du Tag des 11 qui circule actuellement.

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La marche à suivre est simple : poster les règles sur son blog, répondre aux 11 questions, en inventer 11 nouvelles puis partager le tag avec 11 personnes en mettant un lien vers leurs blogs sans oublier de leur annoncer la bonne nouvelle.

C’est parti !



1. A tout seigneur tout honneur, commençons par le commencement : quel est votre dernier livre coup de cœur (ça peut servir) ?

Annabel, de Kathleen Winter (billet à venir).


2. Et le dernier qui vous est tombé des mains (idem) ?

Ça ne m’est pas arrivé depuis bien longtemps. Le dernier dont je me souvienne est La montagne magique, de Thomas Mann, il y a des années et des années de ça.


3. Quel est votre personnage de fiction incontournable inoubliable ?

Aucun ne me vient spontanément à l’esprit. Certains personnages m’ont marqué plus que d’autres, mais de là à les considérer incontournables…


4. Que vous évoquent les Contes de Canterbury ? Ceux qui l’ont lu ont-ils souffert ?

Cela m’évoque des extraits étudiés en cours d’Histoire de la littérature anglaise à la fac. La plus belle période de toute ma scolarité… Ça me rappelle également que l’intégrale en V.O. attend toujours son tour.


5. Salé ou sucré ?

Salé, salé et salé. Mais si j’en crois l’exemple de ma grand-mère, le goût du sucré peut refaire surface à un âge avancé !


6. Biscuits ou bonbons ?

Ni l’un, ni l’autre mais si entre les deux maux je devais choisir, je dirais biscuits…


7. Ovin ou caprin (justifiez vos réponses que diable) ?

S’il est question de fromage, les deux me conviennent. La brebis pourrait l’emporter sur la chèvre, à cause de son goût plus subtil.


8. Où étiez-vous le 13 mars 2013 vers 20h30 ?

Chez moi.


9. Y a-t-il de la vie sur Mars ?

Plus on étudie cette planète, plus on a de preuves qu’il y a eu de la vie sur Mars et plus les possibilités qu’une forme de vie soit encore présente sur la planète augmentent. De toute façon, David Vincent les a vus, non ?


10. Connaissez-vous la réponse à la grande question de la vie, de l’univers et du reste ? Et la question ?

Non mais le jour où ça me titillera, je sais que je pourrai demander à Pierre Dac ou aux Monty Python.


11. Si vous étiez un super-héros ou une super-héroïne, comment serait votre costume ?

Euh, en l’état actuel des choses, je ferais l’impasse sur les tissus synthétiques moulants et les coupes près du corps. En même temps, les vêtements amples, ce n’est pas ce qui se fait de plus pratique pour les acrobaties et autres cascades. Ce qui finalement n’est pas gênant dans la mesure où je ne me sens absolument pas l’âme d’un super-héros.



Incapable de trouver des questions originales et, tant qu’à faire, pertinentes, je suis allé puiser l’inspiration chez les auteurs, en m’appuyant sur quelques citations extraites des derniers livres chroniqués ici.

Les 11 malheureux désignés ci-dessous peuvent retirer leur passeport pour l’échafaud, signé de ma blanche main, ici.

Guillome - Gwenaëlle - Miss Léo- Folfaerie - Clara - Céline - Vanessa V - Valérie - Lucie - Luocine - Théoma.
Feel free to play the game or turn down the invitation!

Les caves se rebiffent ADAM, Benjamin - Lartigues & Prévert

lartigues-prevert-benjamin-adam-la-pasteque Ce n’est certainement pas un hasard si Benjamin Adam a baptisé ses deux personnages principaux d’après deux figures emblématiques de la France des années d’après-guerre : le photographe Jacques-Henri Lartigue (sans “s”) et le poète Jacques Prévert.
On retrouve dans son Lartigues & Prévert une atmosphère pittoresque similaire à celle de ces films noirs des années 50/60 auxquels Auguste Le Breton et Albert Simonin ont donné leurs lettres de noblesse[1].



L’histoire en elle-même tient en peu de mots : dans les années 70, Prévert a repris l’épicerie du village que lui a légué son père. Pour arrondir les fins de mois rendues difficiles par la concurrence des supermarchés, il trempe dans un petit trafic de contrebande de cigarettes, qu’il va chercher en Belgique.

Alors que Prévert vient de se faire larguer par sa femme, partie avec son gamin, lasse de ses magouilles et de la vie dans ce patelin paumé, débarque Lartigues. Lartigues, l’ami d’enfance de Prévert, s’installe à l’épicerie et, ensemble, les deux compères continuent à gérer l’épicerie et le trafic de cigarettes comme avant le départ de Nicole et de Lionel.
Jusqu’à ce matin d’hiver où, en lieu et place des cartouches de cigarettes, ils découvrent dans le coffre de leur voiture un cadavre encore chaud.

Les voilà embringués malgré eux dans une course à l’échalote pour sauver leur peau.
En planque à la campagne dans la maison de la grand-mère de Prévert, les deux hommes ne sont pas d’accord sur la façon de régler cette affaire. Leur indéfectible amitié va-t-elle résister à leurs divergences de points de vue ?



Dans ce récit plutôt classique à la base, c’est le rythme imposé par la (dé)construction narrative qui ferre le lecteur : on prend le fil de l’histoire à un moment donné, sans savoir que l’élément déclencheur de cette situation a déjà eu lieu et sans rien savoir sur les protagonistes. Les différents éléments d’information et les éclairages annexes sont délivrés tout au long du récit via des flash-backs, les témoignages des habitants du village et clients de l’épicerie, des gros plans sur des protagonistes-clés de l’affaire…
Cette déconstruction se traduit également dans la composition des planches, notamment celles qui occupent une double-page, qui se présentent souvent comme le plateau d’un jeu de société et exigent du lecteur un court moment de réflexion avant de saisir le sens de lecture approprié.

Autre singularité qui démarque cette BD du tout-venant : son dessin géométrique, aux traits anguleux et à-plats de couleurs. Si les années 70, règne du formica, de la tsf, de la R12, etc., sont très bien restituées, j’ai eu du mal à décrypter certaines cases cadrées en très gros plan. De même, signe de mon âge avancé sans doute, la petite taille de la police m’a rendu le texte parfois difficile à déchiffrer.



Au final, Lartigues & Prévert est un album à part, original à plus d’un titre, qui mérite pleinement le détour. Il décontenancera certainement les amoureux d’une BD « traditionnelle » mais ravira les curieux amateurs d’une BD plus aventureuse dans sa forme narrative et graphique.



Pour en savoir plus sur le travail de Benjamin Adam, une petite visite sur son site perso et/ou son blog s’impose.
Les premières planches sont à découvrir sur digiBiDi.
D’autres avis sur Babélio.


Fin mars, Benjamin Adam sera en signature à Paris et Strasbourg.
Pour connaître les lieux et dates de sa tournée Lartigues & Prévert, rendez-vous sur le site de La Pastèque ou sur la page Facebook dédiée.

Lartigues & Prévert, de Benjamin Adam
La Pastèque (2013) - 134 pages

Notes

[1] J’omets volontairement de citer Michel Audiard pour ne pas créer de confusion et laisser penser qu’on retrouve sa verve dans les dialogues de Lartigues et Prévert

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