In Cold Blog

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Tout le monde descend !

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Terminus ©Matthew Albert (web)



J’ai voulu y croire jusqu’au bout, mais il faut me rendre à l’évidence : après être resté immobilisé plus de deux mois sur une voie de garage, ce blog est bel et bien arrivé au terme de son voyage.


Terminus.

Tous les voyageurs sont invités à descendre.




Le machiniste vous remercie de votre fidélité et s’honore d‘avoir vécu cette aventure en votre compagnie plus de huit ans durant.




Le blog restera en ligne jusqu’à expiration de son hébergement, qui ne sera pas renouvelé.
Pour éviter toute pollution publicitaire intempestive, les commentaires sont définitivement fermés.

L’annexe Twitter du blog a d’ores et déjà été supprimée. La suppression de l’annexe Facebook se fera plus progressivement.




ÉDIT du 25/09/2014 :

Si elle a pu apparaître brutale, ma décision de mettre un point final à ICB n’a pas été prise sous l’impulsion d’un mouvement d’humeur. Ce n’est que la conclusion d’une profonde réflexion engagée il y a déjà de longs mois.
La conjonction de plusieurs facteurs d’insatisfaction, de frustration, même (dans le désordre : un boulot peu épanouissant mais toujours plus accaparant, un manque de temps/connaissance/budget pour migrer sur WordPress, l’incapacité à trouver une meilleure façon de parler des livres…) n’aura fait qu’accélérer sa conclusion.

Mais force m’est de reconnaître que les nouvelles pratiques qui ont cours aujourd’hui dans la blogo ont lourdement pesé dans la balance.
J’ai soudain pris conscience qu’après toutes ces années, je suis resté un amateur. Plus de huit ans après la publication de mon premier billet, je n’ai aucun réseau, mais quelques amitiés fidèles. J’ai donné la priorité aux emballements du cœur plutôt qu’aux sirènes de la renommée. La passion l’a toujours emporté sur l’intérêt.

La vérité, c’est que je me croyais blogueur lambda alors que je n’étais en définitive qu’un lecteur lambda, incapable de programmer une lecture partagée, insensible à la fièvre de la rentrée littéraire, réfractaire aux festivals, rencontres et autres soirées éditeurs qui font les beaux jours de la blogo. Il m’aura fallu longtemps pour que le déclic se produise.
On aura beau jeu de me conseiller de continuer à vivre ma vie, de mon côté, sans tenir compte de ce qui se passe autour. Il ne viendrait à l’idée de personne de tenter d’acclimater un ours polaire à la savane.

Je m’en retourne donc sans amertume dans mes livres. Mais pas question pour autant que je me prive de vos conseils de lecture.
Alors, à bientôt… chez vous.

Des gourmandes peu avares de partage

Un mois déjà que je suis rentré de vacances et pas le plus infime signe de vie sur ce blog (J’ai tout de même trouvé le temps de répondre à vos commentaires, c’est la moindre des politesses).
De la trentaine de livres lus ces dernières semaines, 1 seul s’est vu à ce jour gratifier d’un billet. Ça donne une bonne idée de l’ampleur du désastre.

Comme (trop) souvent, la cause de cette désertion involontaire est professionnelle.
Vous voyez Sandra Bullock au volant de son autobus ? Pareil ! Sauf que Keanu Reeves est aux abonnés absents et que le mur se rapproche inéluctablement. Le crash est imminent. C’est tout juste si je ne l’appelle pas de tous mes vœux tant j’ai hâte qu’arrive enfin l’heure de vérité et de la délivrance.


Les-Gourmandes-Radinent-cropped-ban_ETE.

Malgré tout, le chevalier blanc qui sommeille en moi (Lancelot is my middle name) n’a pu décliner l’invitation du blog Les Gourmandes Radinent qui m’a convié à venir en aide aux âmes en détresse, pauvres hères en panne d’idées lecture pour l’été, du nourrisson à l’ado, de la jeune adulte au sénior, du lecteur d’un jour à la lectrice compulsive. Et comme il m’est toujours douloureux de devoir faire des choix, j’ai souvent été incapable de me limiter à une seule suggestion.

N’hésitez pas à rendre visite à ces généreuses Gourmandes. Vous y découvrirez une équipe fort sympathique de fines bouches qui, en plus de conseils lecture, partagent dans la bonne humeur une foule de bons plans musique, ciné, sorties, déco, beauté…

SE – CON – DIS - SIL



Crete-Johnston


À l’heure où vous lirez ces lignes, nous aurons entamé notre tour de Crète…

…mais pas encore profité de la semaine de récupération programmée à Santorin, que nous n’avions visitée que très rapidement l’an dernier.

À bientôt !

Un avant-goût d’été

Le temps est venu pour moi de faire ma première pause de l’été (eh oui, cette année, c’est vacances en deux temps. Une première qui ne m’enchante pas des masses).

Pour de multiples raisons indépendantes de notre bonne volonté, si le périple s’annonce plaisant, le dépaysement sera moindre qu’initialement prévu.
À ce jour, ce n’est que partie remise, qui sait, peut-être pour septembre…



À l’intention de ceux qui se demandent peut-être où nous allons atterrir cette fois-ci, je me suis amusé à préparer un petit jeu pour leur faire deviner notre destination.
À toutes fins utiles, j’explique le topo : le nom du pays de destination figure dans le cartouche au centre du schéma. Si on lui ajoute la syllabe indiquée dans les quatre autres cartouches, on obtient quatre mots courants.
Ex : CON + Destination = un 1er mot ; DIS + Destination = un 2e mot ; etc. (c’est franchement pas compliqué. C’est juste histoire d’ajouter un chouia d’intérêt à ce billet qui en manque dramatiquement).

EDIT de 11:30: Suite à la judicieuse remarque de Keisha, j’ai précisé que la destination était un pays et non une ville, ce qui restreint le champ de recherche. J’ai également explicité les règles du jeu qui devrait vous paraître moins abscons.

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Il ne se passera rien ici pendant quelques semaines (par là, j’entends : encore moins que d’habitude), à part une probable mais fâcheuse recrudescence de commentaires-spams qui échapperont au filtre et que je ne serai pas en mesure de contrer (je m’en excuse par avance auprès de ceux qui seraient abonnés aux commentaires de ce blog).

Je ne prends pas la peine de programmer des articles durant mon absence. Je publie pour échanger avec les quelques-un(e)s qui déposent un commentaire, pas pour générer un quelconque trafic.
Je ferai cependant une petite exception pour le billet (sans doute superflu) qui donnera la réponse de l’énigme-de-la-mort-qui-tue d’ici quelques jours.



À ceux d’entre-vous qui seront partis à mon retour, je souhaite un peu prématurément de belles vacances; à ceux que je retrouverai, un beau début d’été.

Fatale attraction CAILLOU, Marie et Hubert - La ligne droite

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Une BD qui parle de la difficulté d’un ado à affirmer son homosexualité, ça ne pouvait que m’intriguer.
ChezLo avait titillé ma curiosité en mars dernier, et le billet du Génépi et l’argousier qui m’a rafraîchi la mémoire. Il n’a pas fallu plus de ces deux avis enthousiastes pour que je me rue sur La ligne droite, d’Hubert et Marie Caillou [1].



La ligne droite, c’est l’histoire d’Hadrien, un ado introverti et solitaire. Élève dans un collège catholique, il essuie régulièrement les railleries de ses camarades qui se moquent volontiers de son look ringard d’intello premier de la classe. Il a pour unique ami, Bruno, lui aussi mis à l’écart par les autres élèves.
Un jour, en cours d’EPS, après un violent plaqué de Jérémie, Hadrien est blessé pendant le match de rugby. Jérémie, c’est tout le contraire d’Hadrien, un grand sportif, entouré d’une bande de potes et de Laure, sa petite amie du moment.
Sur le chemin pour l’infirmerie, les deux garçons que tout oppose vont échanger pour la première fois et se découvrir différents de ce qu’ils s’imaginaient l’un l’autre. Hadrien et Jérémie vont se rapprocher, à la grande surprise de leur entourage respectif. Leur complicité va peu à peu évoluer vers des sentiments plus profonds.

Mais sous la pression de leurs camarades et du directeur de l’établissement qui découvrent le pot aux roses, Jérémie choisit de retrouver le confort de son placard, tandis qu’Hadrien se jette à l’eau [2].



Devant la banalité de sa trame mille fois rebattue, on pourrait exprimer quelque méfiance préalable à l’égard de La ligne droite. Malheureusement, les clichés enfilés les uns après les autres ne peuvent que donner raison aux plus dubitatifs.
D’un côté, on a le jeune pédé, forcément nul en sport mais cultivé. Hadrien est hyper-calé en philo, histoire de l’art, aime Maupassant et cite Nietzsche dans une conversation au collège (ça en jette quand même plus que des citations tirées des chansons de Mylène Farmer !). Il a une mère surprotectrice (d’autres n’hésiteraient pas à dire castratrice) qui l’infantilise, un père aux abonnés absents (divorcé ? mort ?). Et en bon freak intello, il est affublé de lunettes disgracieuses.
De l’autre côté, le bogosse du collège, bête de sport, à l’indice de popularité frisant les 1000 %.

On se croirait dans un soap américain pour teen-agers décérébrés. D’ailleurs, l’histoire est censée se dérouler dans le Finistère mais il pourrait tout aussi bien s’agir de l’Amérique profonde, tant l’épure des décors laisse place à l’interprétation. La ligne claire et les à-plats de couleur adoptés par Marie Caillou, principalement dans des gammes de tons bleu et rouge, confèrent à l’ensemble un côté rétro anachronique qui place l’histoire comme hors du temps.

Paradoxalement, ce côté rétro que j’ai beaucoup aimé colle parfaitement bien à cette histoire qui, si elle se veut pourtant contemporaine, n’aurait pas dénoté dans les années 40-50. À part une brève allusion à un téléphone portable, il n’y est jamais question d’Internet, de réseaux sociaux qui sont pourtant indissociables de la vie des ados d’aujourd’hui. En outre, ils ne doivent plus être nombreux les ados si facilement conciliants avec leur mère comme l’est Hadrien.
Le collège catho a tout du pensionnat old-school, avec ses profs et son directeur d’un autre âge, considérant l’homosexualité comme « un douloureux problème, mais il n’est pas insurmontable. Il ne faut pas désespérer… » [3]



Évidemment, on a constaté récemment comment les manifestations anti-mariage pour tous ont exalté le conservatisme d’une certaine frange de la population. Impossible d’ignorer désormais que certaines positions n’ont pas bougé d’un iota en 45 ans. On pourra également m’avancer l’exemple du livre d’Édouard Louis. Pour autant, un minimum de nuance n’aurait pas nui au propos trop caricatural et manichéen pour qu’on lui accorde un certain crédit.
Un aspect de La ligne droite m’a néanmoins plu : il démontre que le “douloureux problème” n’est pas l’homosexualité mais bel et bien la pression de l’entourage familial et/ou social. Il montre aussi comment les moqueries et le harcèlement des ados sont souvent imités du, voire encouragés par le, comportement de certains adultes (ici, le prof de sport).

Une chose est certaine, la lecture de La ligne droite n’est certainement pas à recommander à un jeune homo qui cherche à s’affirmer. La succession des déceptions vécues par Hadrien pourraient lui laisser croire qu’il n’existe point de salut hors de la ligne droite, qu’il n’ y a pas d’échappatoire autre que la “norme” ou le suicide. En revanche, elle rappellera certainement à beaucoup d’homos de mon âge les heures sombres de leur jeunesse.

Quelques planches à découvrir sur le site web de Glénat ou du site perso de Marie Caillou.
À écouter : Hubert évoque la genèse de La ligne droite.



Ce qu’ils en pensent :

Jean-François : « Cette bande dessinée n’est pas sans rappeler, dans une version masculine, Bleu est une couleur chaude, la magnifique bande dessinée de Julie Maroh. »

Joëlle : « C’est une lecture intéressante sur un sujet sensible et abordé pudiquement mais de façon réaliste. »

Lorraine : « Un album au graphisme magnifique et au récit intime sans concession. »

La Sardine : « Solitude, désespoir, incompréhension, intolérance. Attention, cet album choque, claque, renverse. Quasi inoubliable ! »

Sur Babelio.

La ligne droite, d’Hubert et Marie Caillou
Glénat (18/09/2013) / Collection 1000 Feuilles - 128 pages



Notes

[1] Ne connaissant pas Hubert et Marie Caillou, j’ai d’abord cru qu’ils étaient mari et femme ou frère et sœur. Que nenni. Il y a Hubert tout court, d’un côté, au scénario, et Marie Caillou, de l’autre, aux dessins.

[2] À chacun d’interpréter la fin ouverte et de prendre l’expression au propre ou au figuré

[3] L’expression n’est pas sans rappeler L’homosexualité, ce douloureux problème, l’émission sur RTL de Ménie Grégoire, restée célèbre dans les annales mais qui remonte quand même au 10 mars 1971 !

Un certain sourire LESBRE, Michèle - Ecoute la pluie

michele-lesbre-ecoute-la-pluie La narratrice s’apprête à retrouver son amant photographe, dans cette chambre de l’hôtel des Embruns à Nantes, qui a maintes fois abrité leurs retrouvailles.

Je prends conscience du fait que la photographie a tissé entre nous, bien avant que nous nous connaissions, quelque chose de fort qui souvent remplace les mots. Dans le silence de la campagne je découvrais les secousses du monde à travers des reportages photographiques, tandis que toi tu approchais de ce qui serait toute ta vie.


Sur le quai ou elle attend le métro qui doit la mener jusqu’à la gare, un vieil homme en imperméable, canne à la main, lui sourit juste avant de se jeter sous la rame qui entre en station.



Sous le choc, la jeune femme se précipite hors de la bouche du métro pour se retrouver, hébétée, désemparée, dans la rue.
Elle va errer jusqu’au bout de la nuit, se perdant à travers la ville sous l’orage, cherchant à en savoir plus sur cet homme.

J’ai eu envie de retourner à la station de métro, j’ai de nouveau erré dans les rues, évitant les passants qui me lançaient des regards hostiles lorsque je me trouvais sur leur trajectoire. Je me persuadais du lien que l’homme avait créé entre nous en me souriant avant de se jeter sous la rame, j’étais incapable de penser à autre chose. Il avait surgi, anonyme et fugace, et sans doute ne sortirait-il jamais de ma mémoire. Tout à l’heure, j’ai écrit la date, l’heure et le nom de la station sur mon cahier. J’ai ajouté que j’aimerais connaître celui de l’homme qui est entré dans ma vie en perdant la sienne.

(…) j’avais l’impression d’avoir volé son dernier sourire, je portais toute une vie qui était entrée dans la mienne par effraction, dont j’ignorais si elle avait été paisible ou jalonnée de malheurs.
N’y avait-il personne pour se souvenir de lui, pour que toutes ces années ne basculent pas dans la nuit ? N’y aurait-il pas une petite assemblée aléatoire et bavarde autour d’un verre, d’un repas copieux où s’échangent quelques souvenirs communs, où la présence fantomatique du défunt accompagne les efforts de chacun pour mériter encore une fois d’être en vie, de savourer un sursis dont la fragile certitude donne un peu le vertige ?


Alors qu’elle reprend peu à peu ses esprits, en proie aux doutes, elle s’interroge sur le sens de sa vie, la solidité de son couple, tandis que lui reviennent des souvenirs fugaces de son enfance, de sa vie passée.

Les vies d’adultes ne sont que tentatives pour guérir le chagrin de l’enfance inachevée, toujours inachevée.





Quand elle rentre chez elle au petit matin, elle n’a toujours pas appelé son amant afin de lui expliquer les raisons pour lesquelles elle n’était pas au rendez-vous.

Peu à peu, la violence à laquelle j’avais tenté de résister pendant toute la nuit semblait s’atténuer. J’avais un désir immense de paix. Peut-être fallait-il que je cède à cet homme, à son geste, à sa protestation silencieuse dont j’ignorerais toujours la cause, mais à laquelle il m’avait associée avec son sourire. Je le laissais s’installer en moi, avec tout son mystère, je l’adoptais.


S’est-il inquiété de son absence, lui en veut-il pour son silence prolongé ?
Surtout, sera-t-il capable de comprendre son comportement pour le moins erratique et l’énigmatique message qu’elle finit par lui laisser sur son répondeur : « Écoute la pluie » ? Qui sait si cet épisode dramatique ne sera pas fatal à leur histoire d’amour sporadique et déjà finissante.

Je n’oublie pas que nous sommes ballottés dans un monde différent de celui de notre rencontre, mais pourquoi n’avons-nous pas su résister ?





Férus d’action, d’épopées et de rebondissements en tout genre, passez votre chemin.
Les amateurs de tranches de vie, d’aventures intérieures et d’ambiances, en revanche, devraient apprécier Écoute la pluie, court récit, tout en murmures. Élégante et sensible, la plume de Michèle Lesbre distille une délicate mélancolie tout au long des pages.
C’est d’ailleurs plus pour son atmosphère que pour le drame intime de sa narratrice ou son invitation à vivre pleinement selon son cœur que j’ai apprécié cette lecture.

Dans cette vidéo, Michèle Lesbre présente Écoute la pluie à la Librairie Mollat.
Quelques pages à lire sur le site de l’éditeur.



Ce qu’ils en pensent :

Antigone : « L’exploitation de l’incident m’a semblé être trop délayé, noyé dans les réflexions de la narratrice sur l’importance, ou non, pour elle de rejoindre son amant. Je m’attendais sans doute à autre chose… »

Clara : « L’écriture avec des émotions dépeintes par touches n’a pas suffi à souffler le voile monotone. Un roman où des fragments épars, distillés sans grand intérêt instaure un ennui. Pire, je n’ai pas compris la finalité de ce roman. »

Encres Vagabondes : « Un roman fort et lumineux, à partir du voyage intérieur d’une narratrice au nom inconnu qui effeuille le livre de sa vie, semant au vent des questions sur l’amour, la lutte, le désir, la mort et la société qui nous entoure dans une errance toute en ombre et lumière, cinématographique, à la manière de Patrick Modiano que l’auteur admire tant. »

Insatiablecharlotte : « Un roman court qui parvient à poser LA question ultime : et vous votre vie, elle tient à quoi ? À qui ? Michèle Lesbre est une magicienne, elle arrête le temps et vous invite à calmer cette course folle pour savoir vraiment où l’on va, pourquoi et avec qui. »

Leiloona : « Écouter la pluie, ce bruit infime qu’on ne prend pas le temps d’entendre, tout comme notre respiration, voire même notre chemin de vie. Écouter la pluie et se regarder, s’apprivoiser, à nouveau sentir la vie battre en nous, et aussi avoir le courage de cesser ce qui fait taire nos sensations. »

Lionel : « Avec une écriture remarquable de sensibilité, de précision, Michèle Lesbre nous transporte au cœur des désirs de cette femme, tous ces désirs troublés, avortés, jamais exprimés, qui soudain, par le déclencheur du drame, réclament leur droit à être vécus sans plus attendre. Écouter la pluie, c’est écouter cette fragile et magnifique musique de l’instant, dans lequel il n’y a plus ni début ni fin, ni regrets ni désespoirs, ni rêves ni angoisses, mais juste cette douce en enivrante présence à soi, dans laquelle, miraculeusement, tout peut devenir envisageable. »

Lucie : « Je n’ai pas aimé. Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris. Je suis restée en dehors. Le début m’a accroché, le récit de la confusion que cet incident a fait naître dans l’esprit de la narratrice m’a plu. Mais à mi-livre déjà, je n’y étais plus. »

Mazel : « Avec ce roman dense et bouleversant, Michèle Lesbre poursuit une œuvre lumineuse qu’éclaire le sentiment du désir et de l’urgence de vivre. »

Sylire : « L’écriture est élégante, comme toujours chez Michèle Lesbre. La fin est énigmatique, un peu trop pour moi, c’est le bémol que je formulerai mais j’ai aimé l’atmosphère de ce roman. Un petit livre qui ne manque pas de charme. »

Un autre endroit : « J’ai aimé suivre cette femme. La suivre dans ses réflexions, ses errements, ses doutes… j’ai aimé l’atmosphère de ce roman. Toujours une impression de calme, de rien, alors qu’en fait, il se passe beaucoup en filigrane. Comme s’il fallait vivre des choses pour comprendre les autres. »

Un tas d’autres avis sur Babelio

Écoute la pluie, de Michèle Lesbre
Sabine Wespieser (février 2013) - 112 pages

Stockholm parano KHEMIRI, Jonas Hassen - J'appelle mes frères

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J’APPELLE MES FRÈRES ET JE DIS : Ne vous faites pas remarquer pendant quelques jours. Restez chez vous. Éteignez les lumières. Fermez les portes. Orientez les persiennes de manière qu’on ne puisse pas vous voir à l’intérieur mais que vous, vous puissiez voir à l’extérieur. Débranchez la télé. Éteignez votre portable. Jetez le journal directement dans la poubelle à recycler.

Attendez que les choses se soient calmées.

Répétez pour vous-mêmes : Nous sommes innocents. Parce que vous l’êtes. Votre conscience est propre. Vous n’avez rien à voir avec tout ça.

Attendez de nouvelles consignes.





Un attentat à la voiture piégée sème la panique en ville.
Amor, un jeune issu de l’immigration, était dehors au moment de l’explosion.
Tandis que la police patrouille à la recherche d’un coupable, il s’efforce de se faire le plus discret possible.
Dans la rue, il se sent confusément traqué, en proie à la vindicte silencieuse de ses concitoyens dont les regards trahissent méfiance et suspicion à son égard et envers tous ceux « comme lui ».

J’étais une partie de cette ville, exactement comme les autres. Exactement comme elle avec son sac et comme lui avec son bonnet à l’envers. (…)
Exactement comme la dame avec son hot-dog et comme le père avec sa poussette double. (…)
J’étais une partie de cette ville, exactement comme le coiffeur qui fumait devant son salon. (…)
Exactement comme les jeunes avec leurs écharpes de foot dans la queue devant le distributeur. (…)
J’étais autant une partie de cette ville que les policiers qui étaient postés à chaque coin de rue.


De son portable, Amar appelle ses proches pour leur conseiller de rester chez eux et de faire profil bas le temps que les choses se tassent. De se comporter « normalement » pour ne pas attirer l’attention. Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ?
Ce sentiment oppressant confine peu à peu à la paranoïa, et finit par amener Amar à douter de sa propre innocence.

J’APPELLE MES FRÈRES ET JE DIS : Il vient de se passer un truc complètement fou. J’étais en train de rentrer chez moi et j’ai vu un type très suspect. Il avait les cheveux noirs, un énorme sac à dos et son visage était recouvert d’un foulard palestinien.

J’appelle mes frères et je dis : Il m’a fallu une fraction de seconde pour comprendre que ce que j’avais vu, c’était mon propre reflet dans la vitre.





Une fois encore, je me vois obligé de remercier les indélicats qui revendent leurs services de presse aux bouquineries sans même avoir pris la peine de les feuilleter.
C’est grâce à l’un d’eux que j’ai mis la main, à un prix dérisoire, sur le dernier texte flambant neuf de Jonas Hassen Kheimiri publié chez Actes Sud en avril (dont j’ignorais jusqu’à l’existence, n’ayant rien lu à ce sujet dans la presse, sur les réseaux sociaux ou les blogs).

Quel plaisir de retrouver cette plume qui m’avait tant enthousiasmée dans Montecore, un tigre unique, son précédent roman paru en France au Serpent à Plumes !

Dans J’appelle mes frères, Khemiri nous plonge dans la tête d’Amar, le temps d’un long monologue intérieur qui pour moi s’apparente plus à texte de théâtre qu’à un roman [1]. Il y reprend les thèmes centraux de Montecore, un tigre unique : la difficulté de s’intégrer et d’affirmer son identité, et les incompréhensions entre communautés, à l’origine de tensions sociales. Mais cette fois-ci, J’appelle mes frères met en évidence l’effet pervers de la suspicion, de la méfiance, qui corrompt les rapports et rabaisse tout autant celui qui est désigné comme coupable que celui qui le désigne comme tel.
Khemiri montre comment aujourd’hui encore les seules origines, couleur de peau ou apparence physique peuvent suffire à décider de la culpabilité d’une personne, plus facilement encore en période de tension extrême.
Du jour au lendemain, des personnes qui se sentaient membre à part entière du quartier, du pays, à l’égal de leurs concitoyens, s’en sentent soudain exclus. Cette opprobre qui leur est alors jetée au visage va insidieusement influer sur leur comportement, les contraindre de façon plus ou moins consciente à se conduire et à agir d’une certaine façon qui ne leur est pas naturelle (à commencer par la démarche, par exemple).
Sous le poids du regard et du jugement des autres, la paranoïa va s’installer subrepticement dans leur esprit, les miner peu à peu jusqu’à ce qu’ils en viennent à douter d’eux-mêmes, de leurs actions et de leurs motivations.

Parce que nous ne sommes pas eux. Nous n’avons pas la nostalgie d’un passé hypocrite. Nous entrons la tête haute dans un avenir sans frontières strictes en sachant fermement qu’on ne peut pas remonter le temps !

Répétez-vous à vous-mêmes :

Nous n’avons pas peur.

C’est vrai, non ? Non ?


L’histoire pourrait avoir pour cadre n’importe quelle ville d’Occident ou du Moyen-orient, mais un fait réel est à l’origine de J’appelle mes frères : l’attentat suicide commis par Taimour Abdulwahab à Stockholm, en décembre 2010.
Ce court texte paranoïaque est certes oppressant, mais aussi bourré d’humour. Jouant de la langue avec une virtuosité rare, Khemiri possède un vrai sens du dialogue et de la rythmique. On se surprend souvent à avoir envie de lire le texte à haute voix (ce qui renforce cette sensation d’un texte de théâtre).

Cette fois encore, Jonas Hassen Khemiri m’a emballé. Assurément, c’est un auteur qui compte dans la littérature contemporaine et qui mérite d’être plus largement connu.

Les premières pages sont disponibles sur le site d’Actes Sud.

J’appelle mes frères, de Jonas Hassen Khemiri
(Jag ringer mina bröder, 2012) Traduction du suédois: Marianne Ségol-Samoy
Actes Sud (avril 2014) - 128 pages



Notes

[1] D’ailleurs, en recherchant sur le web une reproduction de la couverture, j’ai constaté qu’un texte portant le même titre, traduit par la même traductrice, a été publié en 2013 aux Éditions Théâtrales. S’agit-il du même texte ? Je l’ignore, mais je suppose que oui.

Mendeleïev, au tableau ! KHEMIRI, Jonas Hassen - J'appelle mes frères

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Periodic table building blocks © UncommonGoods




Putain c’est quoi ton truc d’Hélium ?

À l’école on venait juste d’apprendre le tableau périodique et pour se rappeler les noms on a commencé à s’imaginer que les gens du quartier étaient des éléments.

Non non non. On n’a pas fait ça. Tu as fait ça.

Camilla K. était Titane parce qu’elle était forte et Steve-le-Surin était Uranium parce qu’il devenait dangereux quand il avait picolé.

Je te promets mon frère, t’as pété un câble.

Et Lisa était Silicium parce qu’elle était fragile mais elle avait quand même une énorme carapace et Jimena-la-handballeuse était Mercure parce qu’elle était souple.

Sérieusement, faut que tu te fasses soigner.

Et Shavi était Hélium.

Hé tu me lâches avec Hélium ! Je veux pas être du gaz.

C’est exactement ce qu’il a dit. Et j’ai répondu : Tu veux être quoi alors ?

Je sais pas. Autre chose. Genre du fer ?

Déjà pris.

De l’acier ?

C’est pas un élément.

Mais c’est quoi ton problème ? Pourquoi tu veux que je sois de l’hélium ? Tu trouves que ma tête ressemble à un ballon ? Que j’ai une voix de canard ? C’est toi l’hélium ! C’est ta mère l’hélium !

Non, c’est toi Hélium. Parce que tu rends toujours tout. Je sais pas. Plus léger.

J’ai pigé ! Donc Hélium c’est bien ?

Hélium ça déchire.

Hélium c’est du lourd ?

Hélium c’est du très lourd.

Hélium c’est du très très lourd ?

Hélium c’est du très très très lourd !

OK. Alors je suis Hélium. Et toi t’es quoi ?

Moi ?

Vas-y Amor. Toi aussi t’es un élément.

Non je… j’en suis pas.

Vas-y. Envoie. Balance ! T’es du bois parce que t’es sec comme une branche. Ou non, t’es de l’eau parce que tu chiales à chaque fois que…

L’ununtrium peut-être.

Quoi ? L’unun… ?

Trium. Lununtrium.

C’est quoi ?

Le nom provisoire d’un élément chimique non confirmé. Numéro atomique 113. Symbole Uut.

Moi je trouve que Bois ça te va mieux.

p. 18-21




J’appelle mes frères, de Jonas Hassen Khemiri
(Jag ringer mina bröder, 2012) Traduction du suédois: Marianne Ségol-Samoy
Actes Sud (avril 2014) - 128 pages

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