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lundi 8 février 2010

Aimer est plus fort que d’être aimé

kressmann-revent-femmes Après Ainsi mentent les hommes, voici un second recueil de nouvelles signées Kathrine Kressmann Taylor, Ainsi rêvent les femmes, publiées dans diverses revues de 1935 à 1963.


Cinq brèves nouvelles, cinq prénoms en guise de titre, cinq femmes (car même si la dernière nouvelle a pour personnage central un homme, l’auteur n’en dessine pas moins le portrait en creux d’une femme), cinq amours déçus.

La perte d’un amour pour Harriet, la souffrance d’un premier amour non réciproque pour Anna, la solitude et la nostalgie pour Madame, la résignation pour Ellie Pearl.
Kressmann Taylor saisit ces femmes à un stade décisif de leur vie sentimentale. Avec finesse et sensibilité, elle va capturer l’essence de chacune d’entre elles pour en tirer un portrait émouvant.


Mes deux nouvelles préférées sont Anna (First love, 1957) et Ellie Pearl (Girl in a blue rayon dress, 1963).
Dans la première, une jeune adolescente vit pour la première fois les affres de la passion pour un jeune homme totalement indifférent à son émoi.
Dans la seconde, une jeune fille de retour chez elle à la campagne, le temps des vacances, va renoncer aux charmes de la grande ville et à tous ses rêves de promotion sociale pour succomber aux charmes d’un jeune paysan qu’elle a connu dans son enfance.

Les trois autres n’en sont pas moins touchantes.
Dans Madame (Take a carriage, Madam, 1935), une vieille femme en mal de compagnie va profiter de la bienveillance d’une jeune de ses voisines pour revivre une jeunesse à jamais perdue.
Le temps d’un rêve, Harriet (Passing bell, 1963) va renouer avec Harry, le mari qui l’a autrefois quittée pour une autre et qui est aujourd’hui disparu.
Un beau jour, la sensualité de la jeune Beulah (r)éveille le désir du vieux Rupe Gittle (Goat song, 1963) qui va retrouver ainsi un sens à la vie, malgré la réprobation des habitants de son village.


En cinq nouvelles délicates et sensuelles, Kathrine Kressmann Taylor nous rappelle que, quelle qu’en soit l’issue, l’amour vaut toujours d’être vécu.


Ce qu’elles en ont pensé :

Canel : « Un bien joli moment avec ces nouvelles charmantes et pleines de sensibilité. Certaines m’ont un peu fait penser à Stefan Zweig. »

Flo : « A travers ces différents récits, Kressman Taylor nous embarque dans des histoires touchantes qui pourraient être les nôtres : jalousie, solitude, déconvenue amoureuse, interrogation sur sa vie et le chemin qu’on lui a tracé. »

Florinette : « Ce petit recueil de cinq nouvelles détaillant le rapport entre les êtres, la difficulté d’aimer et d’être aimé, est d’une écriture sensible et élégante. »

Laurence : « Étrangement, je n’ai pas retrouvé ces évocations qui m’avaient tant fait vibrer dans le précédent recueil. Les atmosphères sont ici bien moins présentes, les personnages et les récits plus ternes. »

Lilly : « J’ai beaucoup aimé ce très court recueil. (…) Kressmann Taylor nous montre que quelle que soit notre âge, notre époque, notre lieu de vie, nous recherchons l’affection des autres, et que le souvenir d’un amour perdu ou que l’on a refusé, est la source des plus grands remords. Tout ceci avec une écriture très belle. »

Naniela : « Est-ce que par hasard je serais devenue une lectrice trop exigeante??? Ou peut être est-ce le style “nouvelle” qui ne me convient pas… En tout cas… pas de grandes émotions… »


Ainsi rêvent les femmes, de Kathrine Kressmann Taylor
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Laurent Bury
Éditions Autrement / Littératures (2006) - 59 pages

mardi 2 février 2010

Le mieux est l’ennemi du bien

zweig-soupcon-legitime Betsy et son mari coulent des jours paisibles à la campagne, aux environs de Bath.
Dans cet environnement champêtre où ils sont venus vivre leur retraite, ils se sentent parfois un peu isolés.
C’est pourquoi ils se réjouissent de voir un jeune couple s’installer près de chez eux.


Lors d’une visite de courtoisie pour souhaiter la bienvenue à leurs nouveaux voisins, ils vont faire la connaissance de la jeune Mrs Limpley, une femme aimable mais réservée.
Ce n’est qu’un peu plus tard qu’ils rencontreront Mr Limpley, un personnage “hors-normes” chez qui tout transpire l’excès : sa taille, sa corpulence, sa gaieté, ses emportements…
« Humainement Limpley était irréprochable. Il était débonnaire jusqu’à l’excès, il était altruiste et d’une obligeance telle qu’il fallait à chaque instant décliner ses offres de service, de surcroît il était honnête, loyal, ouvert et loin d’être bête. Mais ce qui le rendait difficile à supporter, c’était sa façon bruyante et sonore d’être heureux en permanence. Ses yeux embués rayonnaient toujours de satisfaction, à propos de tout et de tout le monde. Ce qui lui appartenait, ce qui lui arrivait était splendide, était wonderful ; son épouse était la meilleure épouse du monde, ses roses les plus belles roses, sa pipe la meilleure pipe avec le meilleur tabac. Il était capable de tenir la jambe un quart d’heure à mon mari pour lui prouver qu’on ne pouvait bourrer une pipe que précisément de la manière dont il la bourrait lui et que son tabac était d’un penny moins cher et néanmoins meilleur que les marques les plus onéreuses. Dans l’état de constante ébullition où le mettait son vain enthousiasme pour des choses tout à fait insignifiantes, indifférentes et allant de soi, il éprouvait le besoin de justifier et d’expliquer de long en large tous ces banals ravissements. Le moteur bruyant qui tournait en lui ne s’arrêtait jamais. Limpley était incapable de jardiner sans chanter à tue-tête, de parler sans rire et gesticuler, de lire le journal sans qu’une nouvelle ne l’incite à se lever pour se précipiter chez nous. Ses larges mains couvertes de taches de rousseur étaient, comme son grand cœur, toujours intrusives. Il ne se contentait pas de flatter le flanc de chaque cheval et de caresser chaque chien, même mon mari, qui avait pourtant un bon quart de siècle de plus que lui, devait consentir, lorsqu’ils étaient assis confortablement l’un à côté de l’autre, à ce que, dans sa candeur canadienne de bon camarade, il lui tapât sur les genoux. (…) Jamais avant de faire la connaissance de Limpley les personnes âgées que nous sommes ne s’étaient doutées que des qualités aussi estimables que la bonhomie, la cordialité, la franchise et la chaleur des sentiments pouvaient vous pousser au désespoir. »


Limpley est le parfait négatif de sa douce épouse qui, au fil des années, a dû s’accommoder du caractère expansif d’un mari à la présence écrasante et ignorant tout de la demi-mesure. A tel point que son enthousiasme constant, limite pathologique (il serait une femme qu’on n’hésiterait pas à le taxer d’hystérie), finit par épuiser tous ceux qu’il côtoie.

Néanmoins, Betsy se prend d’affection pour Mrs Limpley et les deux femmes passent quelques-uns de leurs après-midi à bavarder autour d’un thé. C’est lors d’une de leurs conversations qu’elle comprend que sa voisine souffre de ne pas avoir réussi à avoir d’enfant.
Pour briser sa solitude et la sortir de sa mélancolie, Betsy lui offre un chiot bulldog baptisé Ponto… dont Limpley va s’accaparer illico et faire la nouvelle victime de son affection débordante. L’homme va entourer l’animal de tous ses soins jusqu’à devenir lui-même l’esclave de son chien. Conscient de l’ascendant qu’il a sur son maître, Ponto règne sur la maisonnée en véritable dieu tyrannique et capricieux.

Mais un jour, arrive ce que plus personne n’osait espérer : après neuf ans d’attente, Mrs Limpley attend enfin un heureux événement. Peu à peu, Limpley délaisse Ponto, jusqu’à l’ignorer totalement, transférant toute sa fougue sur sa femme enceinte, puis sur sa petite fille nouvellement née. Le chien se voit vite détrôné de son rôle de petite merveille recueillant toutes les attentions du maître de maison. Jusqu’au jour où survient le drame.



Après le succès rencontré par Le Voyage dans le passé, Grasset a publié Un soupçon légitime, nouvelle de Stefan Zweig restée inédite jusqu’en 1987 dans sa langue d’origine, et encore jamais traduite en français depuis.
Et peut-être aurait-ce été aussi bien qu’elle ne le soit jamais car si Zweig est un de mes auteurs de prédilection, je dois avouer que cette nouvelle m’a profondément ennuyé.

Pourtant, j’ai retrouvé dans ce Soupçon légitime ce que j’aime chez Zweig, à savoir cette peinture fine des relations humaines, l’étude délicate des passions (virant souvent jusqu’à l’obsession) et de leurs conséquences.
En revanche, on peut difficilement parler de finesse quant au procédé narratif choisi par l’auteur, tant les ficelles sont voyantes et l’effet de surprise inexistant.
Mais, le plus gros défaut de ce texte plutôt conventionnel, la raison pour laquelle mon attention s’est rapidement relâchée, réside dans la vision anthropomorphique qu’a Zweig de la race canine, conception à laquelle je n’adhère pas du tout. Cette façon de nier la réalité de la nature animale et de traduire les comportements des animaux en les ramenant au comportement humain m’exaspère au plus au point. Bien trop complexes pour un animal, les sentiments imputés au bulldog ne peuvent être ressentis que par un humain. Ainsi, Zweig m’est rapidement devenu aussi horripilant que ces mémères à chien-chiens qui prennent leurs compagnons pour des humains et les affublent de sentiments et d’intentions dont ils sont, par nature, incapables. Dès l’apparition de Ponto, je n’ai eu de cesse que d’arriver au bout de ma lecture.

Si dans l’absolu, moi aussi Ich liebe Zweig, cette fois-ci Zweig hat mich enttäuscht.
Mais que cette déconvenue ne décourage pas les plus téméraires qui ont pris, ou vont prendre, part au Challenge Ich Liebe Zweig organisé par Caro(line) et Karine : Zweig demeure à mes yeux un auteur incomparable.


Ce qu’elles en ont pensé :

Bladelor : « L’issue de cette nouvelle est largement prévisible, on sait assez rapidement où l’auteur va nous conduire mais malgré cela on a envie de lire jusqu’à la dernière ligne. Non pas pour vérifier notre hypothèse, mais pour le plaisir de déguster cette écriture superbe. »

Du soleil sur la page : « Dans ce style fluide et tout en délicatesse qui est le sien, Stefan Zweig est incomparable dans l’art d’évoquer de telles situations de jalousie, de vengeance, de passion démesurée… J’ai adoré comme chaque fois que je lis cet auteur. »

Emmyne : « Cette nouvelle à la si jolie couverture risque de décevoir. Plus conventionnelle, moins profonde, moins émouvante que Voyage dans le passé, on y ressent un peu trop clairement justement la structure narrative de la nouvelle ainsi que l’épilogue annoncé. »

Hécate : « Brillant et cruel, Zweig livre ici en quelques pages une analyse sans concession de la vacuité humaine et de l’humanité des chiens… »

Sarawastibus : « L’auteur dresse de saisissants portraits psychologiques de ses personnages humains… mais aussi animaux, leur donnant une humanité dérangeante à laquelle on adhère complètement. »

Songes littéraires : « Surtout ce qui m’a beaucoup plu, c’est l’analyse qu’il fait de l’homme face à un animal qu’il adore et choie, et en retour les “sentiments” de l’animal face à son maître. On l’assimilerait presque avec cet auteur, à une personne tellement ils peuvent être rusés, mesquins, retors… »

Véro l’encreuse : « C’est toujours un bonheur de découvrir un inédit d’un auteur dont on a déjà presque tout dévoré. »


Un soupçon légitime, de Stefan Zweig
(War er es ?) - Traduction de l’allemand (Autriche) : Baptiste Touverey
Grasset (2009) - 140 pages

mercredi 23 décembre 2009

Un Noël sous le signe des livres - Le retour du retour

Achim-Lippoth

© Achim Lippoth (site web)



Un Noël sous le signe des livres - Première partie
Un Noël sous le signe des livres - Deuxième partie


Noël, fête familiale, on le savait.
L’essentiel de vos dédicaces est donc logiquement destiné à vos proches : conjoints (7 citations), enfants (6), parents (14), grands-parents (4), frères et sœurs (5).
La famille du cœur est également fort bien représentée puisque de nombreux messages ont destinés à vos ami(e)s (14 citations).
En revanche, tantes (1 citation), beaux-frères (1), belles-mères (3), cousines (1), neveux et nièces (4) font figure de parents pauvres.

Certains ont pensé à se faire plaisir (3) tandis que d’autres se montraient plus philanthropes, destinant leur cadeau à la terre entière (3). Une personne a réussi l’exploit de mixer ces deux tendances dans une opération d’auto-promo rondement menée.


Évidemment, vos dédicaces sont avant tout des messages d’amour adressés aux êtres qui vous sont chers. Là non plus pas de grosse surprise. Ces livres offerts sont l’occasion de partager avec eux un coup de cœur ou de leur faire tout simplement plaisir.

Toutefois, quatre d’entre vous en ont profité pour faire passer un message aux politiques. Une autre au chanteur de son cœur.
Certains (5) ont saisi l’occasion pour s’adresser à leurs chers disparus ou pour apporter leur soutien à des personnes en situation délicate (3). Enfin, vous avez été deux à me dédier vos livres et vos messages.


Pour chaque personne, pour chaque occasion, pour chaque message à faire passer, il y a toujours un livre à partager. Vous venez encore une fois de le démontrer.



Voici maintenant une petite sélection des dédicaces que vous m’avez fait parvenir.

Moi d’abord

Mango
Charles Dickens, La Pléïade , tome 1.
À moi-même. (Parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même et parce que le personnes qui me sont chères n’ont plus le temps de lire !)
« Pour tout recommencer ! »
(Parce que ce livre ne sort pas de la bibliothèque et ceux de Dickens qui peuvent sortir sont sales et en mauvais état !)

La possibilité d’une île

La Nymphette
Racines, d’Alex Haley.
À ma maman, dan’ la kaz’ su’l bor d’la mer (à la maison du bord de mer).
« Pour meubler nos longs après-midi sous la tonnelle de grenadines, à lire seule ou à deux ! »
(Maman aime les histoires du grand sud américain, surtout autour de l’abolition de l’esclavage, de la guerre de sécession etc. Je lui ai envoyé l’an dernier Couleur pourpre. Et puis, cette année, j’aurai l’incommensurable chance de passer vraiment du temps avec elle, dans la maison où j’ai grandi, je veux que cette occasion unique donne lieu à des souvenirs qui m’accompagneront ensuite longtemps. Quoi de mieux que la saga de la famille d’A. Haley pour cela…? Avec le support du DVD pour faciliter une lecture dont j’ai entendu dire qu’elle était ardue et surtout longue (750 p)

Quand j’étais une œuvre d’art

Malice
Et que le vaste monde poursuive sa course folle, de Colum Mc Cann.
À mon père.
« Parce que mes parents possèdent une très belle lithographie de Folon qui illustre parfaitement l’exploit fou du funambule Philippe Petit qui, en 1974, franchit le vide séparant les deux tours du World Trade Center en équilibre sur un fil. Et que mon père avait beaucoup aimé Danseur, du même auteur. »

Ma belle-mère est un chic type

So
La cathédrale de la Mer, d’Ildefonso Falcones.
Pinaise, avec le nombre de PSP et d’écrans plats qu’il se traîne le gros, je trouve qu’il est pas très classe, le Père-Noël !!
À ma belle-mère. (J’offre souvent des livres à belle-maman, et j’adore parce qu’elle me dit ensuite la vérité quant à ces cadeaux, y compris si elle a détesté.)
« Pour belle-maman, une fresque catalane somptueuse, haute en couleurs et toute en humanité… Je vous mets au défi de lâcher cet énorme pavé avant de l’avoir intégralement englouti ! Et pis si vous n’aimez pas, d’ici à ce que vous l’ayez fini, vous aurez oublié que ce cadeau est de moi… »

L’amour comme par hasard

Stéphanie
Lettre d’une inconnue, de Stefan Zweig.
À ma maman.
« Ce livre est une magnifique preuve d’amour (même si cela finit mal) pour une incorrigible romantique. Gros bisous de la part de ta fille.»
(Elle m’a donné le plaisir de la lecture en m’encourageant petite. Et même si nous ne lisons plus les même choses, j’essaie de faire des liens en lui offrant régulièrement des livres que j’ai aimé et qui seront, je suppose, à même de lui plaire également.)

Fliptom
La vie éternelle, de Jacques Attali.
À mon amour.
« Éternellement, je vis et revis notre amour. »

Sylvie
Elles ont conquis le monde - Les grandes aventurières, 1850-1950, d’Alexandra Lapierre & Christel Mouchard.
À ma fille.
« Pour la petite histoire, quand elle était petite, ma fille rêvait de dresser et de monter un zèbre… La photo d’Osa Johnson posant sur un zèbre me fait penser à ce rêve, et m’émeut beaucoup. »

Céline
Les derniers poèmes d’amour, de Paul Eluard.
À mon homme,
« Les poèmes que je t’écris sont certainement moins beaux, mais au moins, ce ne sont jamais les derniers. »

Cathulu
Je vais tuer mon mari…, de Claire Fourier.
À mon mari.
« En plus de toute la série des Pico Bogue, BD qui plaira à toute la famille, et moins charmant mais plus original et très explicite. »

Les disparus

Yv
Avec tes mains, de Ahmed Kalouaz.
Le Père Noël serait fort aimable de l’apporter à mon papa, Léon, décédé depuis janvier 1993.
Je lui demanderais d’écrire en première page quelque chose du genre.
« Voici une histoire père/fils qui comme souvent est faite de non-dits de part et d’autre, de regrets lorsque l’autre n’est plus, mais aussi de formidables moments de partage. De partage de presque rien, mais de tout finalement. En plus, l’Algérie, que tu as connue en tant qu’appelé, pendant les “événements”, et que tu as aimée, eh bien Ahmed Kalouaz en parle, son papa à lui, vient de là-bas ! »

Philippe
« À cette question très, mais alors très difficile, j’avais pensé à offrir un livre sur “Comment faire moins d’enfants, la contraception ça existe !” aux chinois et aux africains. “Polluer moins, péter plus” aux américains. “Comment ne plus voter Berlusconi” aux italien et dans la même collection “”Comment ne plus voter Sarkozy” aux français… mais ça fait du monde pour un seul soir…
Mais en réalité j’ai un rêve bien plus grand : j’aimerais que le Père Noël apporte un livre, n’importe quel livre. Car je voudrais qu’il l’apporte à des gens qui me manquent et qui me manqueront éternellement…
Que doit-il mettre sur le petit mot qui accompagne le livre ? “Si tu ouvres ce livre c’est que t’es encore en vie et ça me suffit.” »

Emeraude
Là où les tigres sont chez eux, de Jean Marie Blas de Roblès.
À ma grand-mère maternelle, décédée il y a 5 ans maintenant.
« Parce qu’elle aimait lire et que c’est une des rares personnes de ma famille avec qui j’aurai pu partager ce plaisir. Parce qu’elle ne m’a jamais vu devenir libraire et parce que je n’ai jamais eu l’occasion de lui offrir un livre et encore moins de lui en faire découvrir un. Alors puisque le père noël m’en donne l’occasion, je vais lui faire découvrir ce livre qui est pour moi un livre brillant et excellent, et un des meilleurs livres que j’ai lu. »

Kathel
Le cœur cousu, de Carole Martinez
À ma grand-mère maternelle.
« Pour ma grand-mère qui, malgré une existence difficile, des petits frères et sœurs à élever, un métier de couturière épuisant, a trouvé le temps de lire, comme en témoignent les livres de la collection Nelson qu’elle m’a laissés, et de transmettre le goût de la lecture à sa fille et à ses petits-enfants. Je suis sûre qu’elle aurait aimé ce livre, entre aventures teintées de magie et saga familiale, et ses thèmes intemporels. »

Nanne
Robert Capa : La Collection
À mon grand-père paternel, décédé en 1986.
« Merci de m’avoir donné le goût des beaux livres, de la lecture - quelle qu’elle soit - et de l’histoire, grande et petite. »
Mon grand-père m’a raconté sa guerre, ses engagements personnels, politiques, son refus de la résignation et l’envie de se battre pour ses idées, dont la plus belle et la plus engagée, la liberté totale. Il a été un guide moral et spirituel. Il m’a donné le goût de la photo sans le savoir en me parlant de Robert Capa et de ses clichés sur le Front Populaire, sur la Guerre d’Espagne et sur Omaha. J’ai toujours essayé de suivre sa trace, de marcher sur ses pas et de conserver à l’esprit l’honnêteté, la volonté de s’engager pour des causes justes et moralement intègres. J’espère qu’à la fin de ma vie, j’aurais un peu réussi ce cheminement personnel et suivi cette voie.

Ton meilleur supporter

Belledenuit
Une vie, de Guy de Maupassant.
À ma maman (CP).
« Parce que la vie nous réserve bien des surprises, malgré son lot de mauvaises nouvelles il y a toujours l’espoir au bout. »

Dominique
La Maison en Chantier, de Christine Brusson.
« Chers S et D, ce livre est pour vous, servez vous du papier cadeau pour le couvrir car je sais que vous vivez en ce moment un peu dans les gravats, un peu dans la poussière de plâtre et avec quelques fuites de tuyauterie. Ce livre est un encouragement, je sais que je pourrais vous aider mais comme j’ai deux mains gauches il vaut mieux que j’admire votre entreprise de loin.
PS : si le livre ne vous plait pas, aucune hésitation : coulez le dans le béton, je suis sûre que l’auteur n’aurait rien contre. »

Yueyin
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows.
À Danièle, ma maman.
« Parce que ce livre est un condensé de joie de vivre envers et contre tout… »

Orchidée
Manuel de guérilla à l’usage des femmes, de Sylvie Brunel.
À ma mère.
« Maman, je t’offre ce livre en espérant qu’il te donnera de l’énergie et des pistes de réflexions dans la période que tu traverses. »

Juliann
Cuisine du marché à moins de 5 euros : Cuisiner pour moins de 5, de Sunil Vijayakar.
À mon amoureux.
« Pour que tu viennes m’accompagner au marché et à la cuisine. »

Nanou
Orgueil et préjugés, de Jane Austen.
Pour ma fille Julie, qui a eu une adolescence rebelle.
« Je t’offre ce magnifique roman de Jane Austen, une histoire d’amour d’un autre siècle, qui te fera peut-être apprécier d’être née au XXe siècle ! »

Liliba
J’ai un problème avec mon cou !, de Nora Ephron.
À ma maman.
« Maman chérie, vieille, ridée, plissée et rhumatisante… que ce soit dans votre tête ou “en vrai”, je vous aime. Votre Lili. »
(car elle se plaint souvent qu’elle vieillit et que son cou se fripe “et ma pauvre Lili, ne rigole pas, tu verras, c’est terrible de se sentir fripée de partout…” Je ne ris pas méchamment, bien sûr, parce que j’adore ma Maman qui est absolument géniale, mais parce qu’elle ne se voit pas telle qu’elle est : on lui donne facilement 10 ans de moins, elle est roulée comme une déesse, a encore un visage plein de charme et est toujours vive, sportive, dynamique (et parfois usante…). Bref, par rapport aux femmes de son âge, elle assure plutôt bien !)
Alors voilà, c’est un petit clin d’œil pour ma mamounette adorée, pour lui dire que même avec le cou tout ridé, je l’aime !

Florence
Les douze manteaux de maman, de Marie Sellier.
À ma belle-sœur (déjà maman de 2 enfants et qui vient de donner naissance à une petite Léanne).
« Un très bel album très poétique qui te parlera sans aucun doute car il rend hommage aux mamans en illustrant à merveille les humeurs de celles-ci. »

L’idole

Mathilde
Les menteuses, d’Exbrayat.
À Thomas Dutronc.
« La première fois, c’était une rencontre entre une poignée de blogueurs(euses) et toi. J’en garde une photo et l’impression diffuse d’une vraie rencontre. La seconde fois, j’étais à l’Olympia pour ton passage parisien, tout en haut du balcon j’ai chanté toute la soirée avec toi (et toute la salle), c’était bien. La troisième, tu m’as tendu ton micro que je t’accompagne pendant un showcase pour Calvin Klein, j’ai encore le sourire niais rien que d’y penser.
Cette fois, par l’entremise d’un père noël charmant, je t’invite à découvrir l’univers de quelques femmes corses vengeresses en pays niçois, un des premiers polars qui m’ait fait rire, le seul Exbrayat que j’ai aimé. Bonne lecture !
Dis, pour la quatrième fois, si on se donnait rendez-vous pour changer ? »

Keep cool

Allie
Une année à la campagne, de Sue Hubbell.
À tous les pressés et stressés qui ne savent pas profiter de la vie…
« Ce livre est mon préféré. Il parle d’une vie en marge du reste du monde, axée sur la beauté de la nature, la simplicité et le travail de la terre. C’est un livre qui inspire le calme et les vraies valeurs. Peut-être qu’il pourra vous aider à ralentir et à profiter un peu de cette vie qui vous échappe… »

Vive la sociale !

Voyelle et Consonne
Amandine (Voyelle)
Le Mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti.
À la ministre fédérale belge de l’Agriculture, Sabine Laruelle.
« pour qu’elle n’oublie pas le difficile métier des gens pour qui elle travaille. Et puis qui sait, peut-être qu’elle aussi, un jour, tombera amoureuse d’un agriculteur… »

Xavier (Consonne)
Une faim de loup, d’Anne-Marie Garat.
À Marie-Dominique Simonet, ministre belge de l’Enseignement (en communauté française).
« Pas parce qu’il faut se méfier du loup (quoique…) mais surtout parce que ce livre montre le pouvoir des mots et la puissance de l’imaginaire et de la création. Et de l’imaginaire et de la création, les ministres de l’enseignement en manquent souvent… »

Chaperlipopette
La peste, d’Albert Camus - L’étranger, d’Albert Camus - Les derniers hommes, de Pierre Bordage - La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole.
« Comme chaque année, j’offrirai des livres à mon cher et tendre. Cependant, je ne m’attarderai pas sur ce qui garnira son soulier au pied du sapin. En effet, cette année, j’ai envie d’offrir de saines lectures aux hommes politiques de notre belle et tendre république !
Tout d’abord, en tout bien tout honneur, le premier servi sera notre cher omniprésident. Pour sa gouverne personnelle, La peste de Camus ne peut être que recommandée: cette lecture peut lui ouvrir les yeux sur ce qu’il met en place au cœur de la doulce France. La peste, allégorie de l’insidieuse méfiance et défiance des êtres humains les uns envers les autres, est une belle image issue de notre patrimoine littéraire, une image d’une triste actualité: le bacille de la peste est de ceux que l’on ne pourra jamais éradiquer mais que l’on peut combattre sans merci pour que la lumière et l’espoir ne s’éteignent pas. Comme je suis généreuse et que je souhaite éclairer son esprit, un recueil de haïkus japonais pour apprendre la sobriété et la beauté ineffable est loin d’être superfétatoire !
Pour son ministre en charge de l’identité nationale et de l’immigration, L’étranger du même Camus est idéal pour garnir un soulier sous le sapin ! Apprendre que détester l’autre est aussi se détester soi-même n’est peut-être pas inutile pour saisir le grotesque tragique d’un tel ministère !
Je n’oublie pas nos députés européens, ceux qui ne prennent pas encore la mesure des enjeux d’un sommet de Copenhague. Dans leur soulier, entre le Père Noël en chocolat et l’orange (bio), je leur déposerai une très belle fresque de S-F, post-apocalyptique, Les derniers hommes, de Pierre Bordage… lorsque l’eau devient un bien rare et précieux que seuls quelques initiés “éveillés” peuvent encore trouver afin que survivent les hommes.
Pour finir, je n’oublie pas les ténors d’une gauche aux teintes roses. La lecture de La conjuration des imbéciles est un excellent dérivatif au nombrilisme stérile ! Elle leur permettra de regarder de l’autre côté de leur miroir qui ne reflète que leur triste ego. »

Yohan
Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar.
À l’un des membres du gouvernement français actuel.
« Pour qu’il le fasse circuler à ses camarades lors du conseil des Ministres. Cela pour leur montrer que le pouvoir n’est pas indissociable de la sensibilité, qu’elle soit affective et amoureuse ou intellectuelle. Le but étant qu’il reste dans la bibliothèque, et qu’il circule dans les gouvernement successifs (car l’attrait du pouvoir est une chose universellement partagée). Ce serait certainement un coup d’épée dans l’eau, mais on peut toujours croire au Père Noël…  »

Version longue

Brize
Nos films de toujours, de Marc Combier.
À ma nièce, Chloé.
« Chloé,
Tu sais que tu es ma nièce préférée (*), mais il FAUT que tu comprennes enfin que le cinéma ne se réduit pas à High School Musical et Twilight (ne râle pas : je n’ai pas dit qu’ils étaient mauvais (j’ai même vu Twilight 1 avec ta cousine et j’ai bien aimé), j’ai dit qu’il n’y avait pas qu’eux au monde, nuance !) !
Comme, malheureusement, j’habite à Paris et toi à Marseille (et comme je sais ne pas pouvoir compter sur ma sœur = ta mère pour ton éducation dans ce domaine (*), le cinéma et elle ayant toujours suivi deux chemins distincts), je confie à cet ouvrage le soin de t’ouvrir l’esprit aux beautés du 7ème art et je ne doute pas que la médiathèque proche de chez toi sera à même de te montrer ce qu’il te suggèrera de découvrir.
Je n’exige pas un compte-rendu par mail de tout film vu, néanmoins une petit information mensuelle à ce sujet m’irait très bien (tu verras, il y a d’excellentes comédies romantiques : tu peux commencer par ça, non, je ne me moque pas, j’essaie juste de t’appâter !). En contrepartie, je m’engage solennellement à aller voir tous les films débiles que tu me recommanderas (tu vois, je suis aussi prête à faire des efforts) et, promis, je n’irai pas piquer mes commentaires dans les blogs des copines pour te faire croire que j’y suis allée.
Avec toute mon affection,
Ta tante (préférée, j’espère bien !) et marraine,
Brize
(*) compte tenu du caractère hautement confidentiel des remarques assorties de cette astérisque, tu comprendras pourquoi je fais figurer cette dédicace sur une carte glissée dans l’ouvrage et non pas directement sur la page de garde de celui-ci. »

Le meilleur des mondes

Anne-Sophie
Buzz Aldrin, mais où donc es-tu passé ?, de Johan Harstad.
« Pour ceux qui ont envie de penser que l’on peut attendre autre chose du monde dans lequel nous vivons : la liberté et la littérature. »

LVE
Thomas s’en fout, de Thierry Wojciak.
« Un seul livre devrait être au programme : LE MIEN. Il s’intitule Thomas s’en fout et il est signé Thierry Wojciak chez Tédoublevé Editions (ma maison d’édition :)))
À qui doit-il l’apporter ? A une foule immense. De Lille à Montpellier. De Rennes à Lyon. De Strasbourg à Bordeaux. De Calais à Menton. Un maillage complet, quoi.
En dédicace, je verrais bien : Pour Vous. Merci de votre soutien à la jeune (!!??) littérature française pleine d’allant, à mi-chemin entre Chateaubriand et “Oui Oui fait du ski”. Bonne lecture. Thierry.
Pourquoi eux ? Pour pouvoir continuer à éditer mes propres projets. Le nombre fait (presque) loi. Malheureusement, parfois…»
Le site (avec le blog dédié) : thomassenfout

Passage du gué

Anne
La trilogie des couleurs, de Noëlle Châtelet.
À ma fille.
« Ma bichette,
N’est-ce pas le rôle d’une maman de guider sa fille à travers sa vie de femme ? Peut-être ne saurais-je pas toujours répondre à tes interrogations. Sans doute ne serais-je plus à tes côtés quand tu aborderas ton dernier chemin. Cette trilogie me remplacera. Ma Chérie, puisses-tu devenir une belle maman, une femme qui assume ses choix et une grand-mère sereine. »

Cathe
Œdipe sur la route, d’Henry Bauchau.
À Philippe, un neveu.
« Je t’avais offert L’enfant bleu du même auteur, tu m’as dit que c’était un des livres les plus importants de ta vie. Je sais que tu es passionné par les mythes grecs. Ce livre est donc pour toi ! J’espère qu’il te plaira et qu’il saura te faire avancer dans la vie comme tu as tant envie de le faire. »

Virginie
Si le monde était un village de 100 personnes, de Ikeda Kayoko et C. Douglas Lummis.
À ma fille et à mon neveu (âgés respectivement de 11 et 12 ans).
« Les deux auteurs se sont basés sur les données statistiques de la population mondiale et les ont converties à l’échelle d’un village de 100 personnes, donnant ainsi une vision plus accessible (sans misérabilisme et sans intention “culpabilisatrice”) des inégalités sociales, raciales, scolaires et culturelles. Le texte, précis et sans fioritures, est présenté en version bilingue (français/japonais) et est éclairé de jolies illustrations aux pastels de couleurs vives.
À vrai dire, je ne sais pas vraiment quoi dire d’autre au sujet de ce petit livre, qui me semble un indispensable dans une bibliothèque de jeune lecteur et qui permet l’ouverture de grandes ou de petites discussions. »

Saxaoul
Comptines et berceuses du baobab, de Chantal Grosléziat et Élodie Nouhen.
À Oihane Baby, ma fille.
« Parce que l’amour des livres se transmet dès le plus jeune âge, le petit mot serait un extrait de la chanson « C’est quand qu’on va où ? de Renaud : “L’essentiel à nous apprendre/C’est l’amour des livres qui fait/Qu’tu peux voyager d’ta chambre/Autour de l’humanité”.
J’espère qu’elle pourra apprécier tout le sens de ce petit mot quand elle sera plus grande ! »

Mr Icon
Novecento : pianiste, d’Alessandro Baricco.
« Les livres sont parfois des rencontres magiques - ce livre est magique. Il me vient d’une personne très chère & spéciale. Il va maintenant vers une autre personne spéciale. »

Rien que pour moi

Cécile Quoi de 9
Le cure dent, de Jean-Yves Lacroix.
« Après mûres réflexions, soupesages délicats et autres analyses d’opportunité, je crois que je demanderais au Père Noël de se procurer dare-dare un exemplaire de la biographie romancée du poète perse du XIe siècle Omar Kayyam intitulée Le cure dent et signée Jean-Yves Lacroix.
J’y apposerais la dédicace suivante : « En hommage à tes critiques incisives et à tes messages mordants ». Je lui demanderais de viser la chaussette taille 43 accrochée à la cheminée de Mister ICB histoire de récompenser sa magnifique victoire au jeu cinématographique idiot du 22 juillet 2008 où il avait brillamment découvert que le point comment à trouver entre les 4 films cités était le mot… mais non, finalement je vous laisse vous casser les dents sur les différents indices publiés les jours suivants et découvrir la réponse mise en ligne le 5 août 2008. Ainsi pourrez-vous voir par vous-même si vous auriez pu trouver plus rapidement que le brillantissime gagnant… »

Gangoueus
Le Nouveau testament.
« Si le Père Noël ne transportait qu’un seul livre, ce serait Le Nouveau Testament. Je demanderai au Père Noël de te l’envoyer (si tu ne le possèdes pas bien entendu). Comme mot sur le cadeau, je lui proposerai ceci :
Voici un texte dans lequel, l’essence même des plus belles œuvres de l’histoire de littérature est puisée et, qui malheureusement est souvent méconnu ou abordé par le prisme du regard d’un autre. Pourquoi ne pas découvrir soi-même le texte du Nouveau Testament ? Bonne lecture, cher In Cold Blog. Ce livre s’adresse à chaque femme, chaque homme.»

mardi 22 décembre 2009

Un Noël sous le signe des livres - Le retour

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© someecards.com



Un Noël sous le signe des livres - Première partie


Avant de dévoiler la liste de vos livres cadeaux, j’aimerais vous faire part de quelques tendances qui se dégagent de vos réponses :

A Noël cette année, le roman se taillera la part du lion avec près de 70 % de vos suggestions (58,2 %, si on distingue la littérature générale des polars, jeunesse, etc.)
Viennent ensuite, loin derrière (10,1 %), les fameux « beaux livres ».
Sous le sapin, certains trouveront des livres jeunesse (8,8 %), des BD/mangas/comics (7,6 %), des polars/thrillers (6,3 %). A la traîne, essais/documents (3,7 %), biographies (2,5 %) et poésie (1,2 %) font figure d’exceptions culturelles.

Ce sont majoritairement des nouveautés qui seront offertes.
De réelles nouveautés d’ailleurs, puisque figurent principalement dans la liste des titres publiés pour la première fois en 2009, voire même à la rentrée de septembre (46,8 %). Ce qui sous-entend donc une nette prédominance des grands formats sur les formats de poche parmi les cadeaux.
Les livres publiés ces dix dernières années représentent 82,2 % des livres offerts (avec une écrasante proportion de titres publiés entre 2009 et 2007).
Au final, la littérature du XXe siècle truste 97,5 % des paquets cadeau, laissant de fait peu de place aux classiques (2,5 %)

Enfin, on note que les auteurs francophones devancent les auteurs étrangers d’une bonne tête : 58,2 % contre 41,8 %.


Quelques remarques en vrac :
Si Noël est traditionnellement la période faste pour les « beaux livres », ils ne représentent que 10 % de vos cadeaux.
De même, vos réponses contredisent la théorie qui veut que les prix littéraires soient des cadeaux que l’on glisse facilement dans la hotte du Père Noël : sur 79 suggestions, on ne dénombre pour l’année 2009 qu’un Prix Goncourt (Trois femmes puissantes), un Prix Goncourt des Lycéens (Le club des incorrigibles optimistes) et un National Book Award (Et que le vaste monde poursuive sa course folle).

Bonne nouvelle : un livre jeunesse sur deux est offert à un adulte, preuve s’il en faut du dynamisme et de la qualité de ce secteur éditorial.
Les BD/comics/mangas sont surtout offerts à des hommes, ce qui tendrait à confirmer que les hommes ne sont pas de gros lecteurs.
Le seul recueil de poésie sera offert par une femme.
A signaler, un ouvrage “hors concours”, dans ce sens où je n’ai pas su lui attribuer de catégorie précise : le Nouveau Testament


Je terminerais par les cinq titres qui ont été cités par deux personnes différentes (signalés en bleu dans la liste finale) :
L’ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows
Le cœur cousu, de Carole Martinez
Le mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti
Lettre d’une inconnue, de Stefan Zweig


Et maintenant, place à Ze liste (roulements de tambour) !



BD – COMICS - MANGAS

Chroniques de Marvel : de 1939 à aujourd’hui, collectif (2009)
Intégrale X-men, collectif (2009)
La voie et la vertu, Largo Winch tome 16, Philippe Francq & Jean Van Hamme (2009)
Naruto, Tome 45 : Konoha, théâtre de guerre, Masashi Kishimoto (2009)
Pico Bogue, Dominique Roques & Alexis Dormal (2008-2009)
Sempé à New York, Jean-Jacques Sempé (2009)

BEAUX LIVRES

Amis américains, Bertrand Tavernier (2008)
Cuisine du marché à moins de 5 euros, Sunil Vijayakar (2009)
Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles, Trinh Xuan Thuan (2009)
Elles ont conquis le monde : les grandes aventurières 1850-1950, Alexandra Lapierre & Christel Mouchard (2007)
Le musée imaginaire de Marcel Proust, Eric Karpeles (2009)
Les femmes qui aiment sont dangereuses, Laure Adler (2009)
Nos films de toujours, Marc Combier (2002)
Robert Capa : La Collection, Richard Whelan & Cornell Capa (2004 épuisé)

BIOGRAPHIE

Le cure-dent, Jean-Yves Lacroix (2008)
Le désespoir des singes… et autres bagatelles, Françoise Hardy (2008)

ESSAI - DOCUMENTS

La maison en chantier, Christine Brusson (2009)
Manuel de guérilla à l’usage des femmes, Sylvie Brunel (2009)
Métronome, Laurant Deutsch (2009)

JEUNESSE

Comptines et berceuses du baobab, Chantal Grosléziat & Elodie Nouhen (2003)
La mélodie des tuyaux, Benjamin Lacombe (2009)
Le journal de Peter, Sebastien Perez (2009)
Les douze manteaux de maman, Marie Sellier & Nathalie Novi (2004)
Oh boy !, Marie-Aude Murail (2000)
Si le monde était un village de 100 personnes, Ikeda Kayoko & C. Douglas Lummis (2002)
The hunger games, Suzanne Collins (2009)

POÉSIE

Les derniers poèmes d’amour, Paul Eluard (2002)

POLAR - THRILLER

Du rififi chez les poulets, Laurent Segalen (2009)
L’enfer des rêves, Théodore Roszak (2009)
La mort a ses habitudes, Susan Hill (2009)
Les menteuses, Exbrayat (1970)
Terminus Brocéliande, Renaud Mahric (2007)

ROMANS

Angélique, intégrale, Anne & Serge Golon (1959)
Angleterre, une fable, Leopoldo Brizuela (2006)
Avec tes mains, Ahmed Kalouaz (2009)
Buzz Aldrin, mais où donc es-tu passé ?, Johan Harstad (2009)
Chocolat amer, Laura Esquivel (1998)
Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Colum McCann (2009)
Intégrale éditions Verticales (2009)
J’ai un problème avec mon cou !, Nora Ephron (2007)
Je vais tuer mon mari…, Claire Fourier (1999)
L.A. Story, James Frey (2009)
L’ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon (2004)
La cathédrale de la mer, Ildefonso Falcones (2008)
La chanson de Nell, Patrick Souchon (2009)
La mer, John Banville (2007)
Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès (2008)
La Pléiade tome 1, Charles Dickens
La trilogie des couleurs, Noëlle Châtelet (La dame en bleu 1996 – La femme coquelicot 1997 – Au pays des vermeilles 2009)
La vie éternelle, Jacques Attali (1989)
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Mary Ann Shaffer & Annie Barrows (2009)
Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guénassia (2009)
Le cœur cousu, Carole Martinez (2007)
Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti (2006)
Le tombeau de Tommy, Alain Blottière (2009)
Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig (1927)
Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar (1951)
Novecento : pianiste, Alessandro Baricco (1997)
Œdipe sur la route, Henry Bauchau (1990)
Orgueil et préjugés, Jane Austen (1813)
Puisque rien ne dure, Laurence Tardieu (2006)
Quitter le monde, Douglas Kennedy (2009)
Racines, Alex Haley (1972)
Saltarello de Matthieu Dhennin (2009)
Seule Venise, Claudie Gallay (2004)
Soulfood équatoriale, Leonora Miano (2009)
Thomas s’en fout, Thierry Wojciak (2009)
Tout est sous contrôle, Hugh Laurie (2009)
Trois femmes puissantes, Marie N’Diaye (2009)
Une année à la campagne, Sue Hubbell (1988)
Une faim de loup, Anne-Marie Garat (2004)
Une vie, Guy de Maupassant (1883)

Le nouveau testament


Rendez-vous dans les jours qui viennent pour connaître la typologie des destinataires (réels ou virtuels) des livres offerts et découvrir une sélection de dédicaces.
(Rappel : si vous m’avez répondu et que vous ne tenez pas à voir votre dédicace reproduite ici, n’hésitez pas à me le faire savoir à l’adresse email qui figure en bas de page de ce blog).

jeudi 7 mai 2009

« Cela était. Et cela n'était pas. »

ombre-fuite-powers « Cela était. Et cela n’était pas. »
Cette formule qui ouvre chaque conte persan des Mille et une nuits résume parfaitement le dernier roman de Richard Powers, L’Ombre en fuite (publié en 2000 aux Etats-Unis).

D’un côté, la Caverne, système expérimental de simulation d’univers virtuels en 3D.
A l’invitation de son ami Steve, Adie, artiste douée mais désillusionnée, quitte Manhattan pour rejoindre à Seattle une équipe de chercheurs impliqués dans un projet de réalité virtuelle, financé par une richissime compagnie d’informatique.
Aux côtés de ces matheux et informaticiens attelés jour et nuit à leur projet, elle va mettre son talent au service de la Caverne, en apportant son regard de peintre et de graphiste, reproduisant en trois dimensions les toiles des plus grands maîtres (Le douanier Rousseau, Van Gogh…).

De l’autre côté, une cellule, quelque part au Liban.
Américain d’origine iranienne, Taimur est venu à Beyrouth pour enseigner l’anglais.
Un beau matin de ces années 1980, il est enlevé par un groupe d’islamistes pour lesquels il ne sera qu’un otage occidental de plus, une monnaie d’échange et de pression supplémentaire.
Seul dans son cachot, pour ne pas perdre la raison, il va mettre sa mémoire à contribution espérant faire tomber les murs de sa prison.


Deux pays, deux univers, deux lieux clos. C’est à une curieuse expérience que Powers convie ses lecteurs dans L’Ombre en fuite.
A ma gauche, la Caverne, où les chercheurs évoluent dans un espace vide, peuplé uniquement de matériel informatique, de connexions et des câbles électriques en tout genre, plongé, comme son nom l’indique, dans une obscurité permanente. De cette nuit éternelle, ils ne s’évadent qu’à travers les œuvres recréées grandeur nature par la réalité virtuelle.
Dans cette grotte de Lascaux du XXe siècle, tous s’agitent, tâtonnent, réfléchissent, essaient, échouent, s’engueulent, recommencent, progressent… comme autant de rats de laboratoire que le lecteur observerait, tel un scientifique pour lequel ne comptent que les résultats de l’expérience. La distanciation est d’autant plus aisée que Powers inonde le récit d’un vocabulaire informatique technique auquel la plupart restera hermétique (comme le tiercé pour Guy Lux, l’informatique c’est son dada).

A ma droite, la geôle de Taimur où le lecteur, en totale empathie avec le prisonnier, devient à son tour le rat de laboratoire, coincé entre quatre murs, à la merci du bon vouloir de ses gardiens. Dans ces chapitres, Powers utilise le “vous”, seconde personne du pluriel. Cette adresse au lecteur, telle celle d’un hypnotiseur, décuple sa force d’identification.
(En me relisant, je m’aperçois que ce recours au “vous” est le choix du traducteur et non de Powers, puisque en anglais n’existe que le “You”. Et je n’ai pas trouvé sur le web d’extrait relatif à Taimur en V.O. pour savoir comment cet effet est rendu dans le texte original.)


Une fois encore, Powers prouve qu’il est un virtuose de la structure narrative.
Paradoxalement, dans l’alternance des chapitres, ceux consacrés à l’enfermement de Taimur m’ont semblé d’indispensables bouffées d’oxygène (dont la longueur va croissant, à l’inverse des sourates de son précieux Coran), une échappée attendue pour passer de l’univers quasi clinique de la Caverne à un monde plus “humain”, de la lumière électrique des néons à celle éblouissante du soleil du Proche Orient.
La Caverne et la geôle libanaise, les deux récits se répondent : il s’agit de fuir le monde réel grâce à des représentations physiques, dans un cas, ou mentales, dans l’autre. Chacun de ces récits prend tout son sens à la lumière de l’autre : les images recréées par Adie faisant écho à celles que Taimur fait émerger des tréfonds de son esprit ; la chute du mur de Berlin et l’opération “Tempête du désert” auxquels les pensionnaires de la Caverne assistent devant leur téléviseur renvoient à Taimur prisonnier dans un pays arabe de murs qu’il voudrait bien voir s’effondrer…
Contre toute attente, les deux histoires vont même finir par s’interpénétrer.


Avant toute chose, je dois avouer que, comme beaucoup d’autres lecteurs (voir les liens un peu plus bas), j’ai peiné à entrer dans ce roman. S’il ne s’était pas agi de Richard Powers, j’aurais très probablement laissé tomber l’affaire en cours de lecture. D’autant que la narration m’a fortement rappelé celle de Trois fermiers s’en vont au bal, roman entremêlant trois histoires sans rapport apparent dont le lien se fait jour au fil du récit, et dont j’étais sorti mitigé.

En revanche, avec L’Ombre en fuite, j’avais beau peiner, il y avait “quelque chose” qui me plaisait.
Puis, en faisant fi de tout le jargon informatique, j’ai réussi à m’intéresser à cette bande de savants fous complètement investis par leur passion, j’ai “vécu” à leurs côtés la magie du monde virtuel, j’ai fait grincer le plancher de la chambre de Van Gogh en Arles.
Puis, les rapports entre les membres de l’équipe sont devenus moins flous, Powers éclaircissant au fur et à mesure la situation établie comme acquise dès l’ouverture du roman, notamment les liens qui unissent Steve et Adie (j’ai beaucoup aimé le personnage de Ted).
Comme d’habitude avec Powers, on ne peut qu’être sensible à l’érudition de l’auteur, ses réflexions sur l’art, le rapport qu’il entretient avec la vie, comment il représente le réel. Plus “conventionnels”, les chapitres sur les affres de Taimur, prisonnier de ses quatre murs, sont captivants (sans mauvais jeu de mots) ; comment il lutte pour ne pas sombrer dans la folie (je n’ai pu m’empêcher de penser au Joueur d’échecs de Zweig), comment il tente d’entretenir des relations avec ses geôliers…

Au final, malgré une entrée en matière laborieuse et le sentiment de n’avoir pas tout absorbé de la substantifique moelle de ce roman (le billet de Leiloona m’a d’ailleurs conforté dans cette idée), je vais garder de L’Ombre en fuite un très bon souvenir. Celui d’une lecture ardue qui m’aura rendu moins bête en m’emportant dans des hauteurs qui ne me sont pas familières et dont se détachent des images et des extraits très vivaces.
Je n’en ai que plus hâte encore de lire La Chambre aux échos qui patiente dans ma PAL depuis un an.


Ce qu’elles en ont pensé :

« La langue de Richard Powers est précise, érudite, extrêmement documentée, elle se lit avec plaisir et coule naturellement, bien que parfois embuée de réflexions auxquelles il est difficile de s’accrocher. Au final, un roman qui m’a plu à moitié, pourrait-on dire : Adie et la “Caverne” ne m’ont pas touchée, Taimur m’a étonnée, embarquée, rivée à lui. » Amanda

« La lecture a été éprouvante. Difficile de suivre des chapitres entiers sur l’informatique expérimental. Difficile de rentrer dans l’univers de l’écrivain tant les descriptions sont denses et complexes. Par contre, les chapitres sur la prise d’otage sont du très grand Powers. Mais ces chapitres sont peu nombreux… Quelle déception ! » Anna Blume

« Je ne comprends pas bien, je l’avoue, la raison d’un style aussi ardu la majeure partie du temps, les évènements politiques majeurs “à reconnaître” sans être jamais cités nommément (années 80-90, chute du mur de Berlin, par exemple), l’attachement à nos personnages qui prend tant de temps à se mettre en place, la réflexion profonde sur l’Art qui reste peu accessible… Assurément ce n’est pas un roman Grand Public, je reste plutôt désarçonnée la dernière page tournée. » Cuné

« Après un début difficile - voire même assez pénible dans les trucs très techniques - j’ai finalement beaucoup apprécié cette lecture, qui m’a menée sur toutes sortes de pistes, que ce soit par rapport à l’art, son implication, sa signification et son rapport à la réalité. » Karine

« Je dois dire que si l’auteur n’avait pas été Richard Powers dont j’ai adoré Le temps où nous chantions, je n’aurais certainement pas dépassé les cent premières pages. Je reconnais à ce livre des qualités, mais j’ai trouvé que l’auteur l’avait sciemment rendu obscur comme s’il voulait décourager une partie des lecteurs ! C’est captivant, très bien écrit, mais, et c’est un gros “mais” : les parties scientifiques à propos de la création de ces univers virtuels, la jungle du Douanier Rousseau ou la chambre de Van Gogh en Arles, sont beaucoup trop longues et remplies de vocabulaire obscur ! » Kathel

« C’est une lecture qui fait chauffer quelques neurones et réclame de l’attention… Parfois vertigineux… Un roman qui mérite de s’y plonger en dépit de l’aridité du thème de la réalité virtuelle, transfiguré par l’auteur. » Keisha

« Finalement c’est un roman que j’ai lu à la manière d’un puzzle. J’ai d’abord été énervée par toutes ces pièces sans dessus-dessous, ensuite j’ai apprivoisé les pièces du puzzle en les rangeant, puis j’ai enfin réussi à emboîter les pièces les unes dans les autres. (…) Un roman qui ne se laisse pas facilement apprivoiser, mais qui m’a plu au final.» Leiloona

L’Ombre en fuite, de Richard Powers
(Plowing The Dark) - Traduction de l’anglais (Etats-Unis) : Jean-Yves Pellegrin
Le Cherche Midi - Collection “Lot 49” (2009) - 444 pages

mercredi 11 mars 2009

Raison et sentiments

zweig-voyage-passe« Laisse cela, Louis… ce sont de vieilles histoires, n’y touchons pas. Ce temps-là, où est-il ? »
« Il est en nous ce temps-là », répondit-il, inflexible, « dans notre volonté. »

Le feu de la passion amoureuse, platonique ou consommée, peut-il résister au temps et à l’éloignement ?
L’amour qui unit deux amants séparés par des milliers de kilomètres est-il toujours de l’amour ou n’est-ce plus que le souvenir d’un amour fantasmé ?
Après des années de séparation, les feux de l’amour sont-ils toujours cet incendie qui dévore tout sur son passage ou ne sont-ce plus que des braises que l’on peine à ranimer ?
Autant de questions qui sont au cœur du Voyage dans le passé de Stefan Zweig.


Louis est un jeune allemand qui compense la honte que lui inspire sa modeste extraction par un esprit brillant et une persévérance hors norme. A force de travail, il est engagé comme secrétaire particulier par G., le directeur vieillissant d’une usine chimique auprès duquel il va vite se rendre indispensable, se voyant confier toujours plus de responsabilités.
Logé chez son patron, Louis va rapidement s’y sentir comme chez lui, grâce à la protection bienveillante de la maîtresse de maison. Un jour, G. lui confie une mission d’importance : traiter une affaire en son nom au Mexique. La perspective de se voir séparés plusieurs mois fait prendre conscience à Louis qu’il s’est épris de l’épouse de son patron sans se l’avouer.
« Ce fut une explosion violente, élémentaire, une douleur physique traumatisante, évidente, un ébranlement de tout son être, depuis le sommet du crâne jusqu’au tréfonds du cœur, une déchirure qui illumina tout, comme l’éclair dans le ciel nocturne : et alors, dans cette lumière aveuglante, il eut été vain de ne pas reconnaître que chaque nerf, chaque fibre de lui-même s’épanouissait dans un amour pour elle, la bien-aimée. »

Pendant les quelques jours qui les séparent du départ de Louis, les deux soupirants vont laisser cours à leur passion… qui restera platonique. Tout ce que Louis obtiendra de sa maîtresse, qui refuse de s’abandonner à lui pour ne pas déroger aux convenances, c’est la promesse qu’elle se donnera à lui à son retour.
Coup du sort, la première guerre mondiale déclarée en Europe empêche le retour de Louis, coincé au Mexique. Les années passant, le souvenir de sa bien aimée s’estompe. Louis s’installe au Mexique, se marie, devient père. A l’occasion d’un retour en Allemagne pour affaires neuf ans plus tard, le souvenir de son amour de jeunesse refait surface. Il décide alors rendre visite à celle qui depuis est devenue veuve. Après toutes ces années, l’amour sera-t-il au rendez-vous ?
« Nous allons bientôt arriver », dit-elle comme pour elle-même.
« Oui », il soupira profondément, « cela a duré si longtemps. »
Il ne savait pas lui-même, en prononçant cette plainte impatiente, s’il faisait allusion au trajet, ou à toutes les longues années qui aboutissaient à cette heure : la confusion entre rêve et réalité le déroutait. »


Le conte des 4000 nuits. Plus de soixante ans après sa mort, Stefan Zweig squatte les premières places des ventes de livres avec une nouvelle publiée en 1929 dans une revue viennoise et restée inédite jusque là en France. Et pourtant, la trame de base est pour le moins convenue : un amour longtemps refoulé puis contrarié par les événements extérieurs, à peine a-t-il pu s’exprimer.
Mais la banalité de l’histoire est sublimée par le pouvoir de suggestion et la délicatesse de l’analyse psychologique de Zweig (même s’il me faut avouer que certains passages au lyrisme suranné ont pu ébranler l’admiration sans borne que je lui porte). On y retrouve aussi les thèmes chers à l’auteur : des personnages chahutés par la confusion des sentiments, des destins contrariés par l’Histoire en marche, le spectre de la mort et de la guerre.

Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre Le voyage dans le passé et Sur la plage de Chesil que j’ai lu dernièrement. Les deux romans présentent de nombreuses similitudes tant dans la forme (deux récits courts d’une centaine de pages) que dans le fond (des amants de classes sociales différentes ; le poids des convenances sociales ; des amours contrariées aux lourdes conséquences pour les personnages ; les désillusions et les frustrations que tout cela engendre).
J’ai refermé ce livre déterminé plus que jamais à profiter au mieux de l’instant présent (le fameux Carpe Diem)… avec cette chanson qui me trottait dans la tête.


Elles aussi ont fait le voyage : Anna Blume, Catherine, Deedee, Emeraude, Emjy, Fashion, Karine, Leiloona, Lilly et Lily.
Le premier chapitre du Voyage dans le passé est disponible sur le site de l’éditeur.
Pour en savoir plus sur l’auteur, le site de l’Association Stefan Zweig.



Le voyage dans le passé, de Stefan Zweig
(Die Reise in die Vergangenheit) - Traduction de l’allemand (Autriche) : Baptiste Touverey
Grasset (2008) - 175 pages

mercredi 25 février 2009

Ni cruches, ni soumises

ni-cruches-ni-soumises.jpg
Dans son nouveau billet, Bon Sens l’affirme : la fin des gourdasses a sonné !

Les chiffres ont parlé :

  • 17 300 ventes pour Le marché des amants de Christine Angot ;
  • à peine 75 000 des 120 000 exemplaires imprimés d’Ennemis Publics de BHL et Houellebecq ont trouvé preneur ;
  • Pierre Assouline n’a recyclé que 901 de ses Brèves de blog


Dans le même temps, l’inédit de Stefan Zweig, Le voyage dans le passé, s’est déjà écoulé à 160 000 exemplaires, Anne Marie Garat a vendu 33 3444 exemplaires de Dans la main du diable.


Il ne suffit plus de passer à la télé, de s’afficher dans les magazines people, de rameuter ses relations.
Les people de la littérature ont du plomb dans l’aile. Le matraquage médiatique des génies de la com’ ne fait plus vendre.

Et pourquoi, s’il vous plait ? Tout simplement, parce que « En silence, toutes les gourdes et cruches du monde se sont prises par l’anse et ont fait front devant ce mépris que l’on nous servait à la louche. »


Pour découvrir le savoureux billet de Bon Sens et rejoindre les United gourdasses and cruches of CogitoRebello, c’est ici.

mardi 24 octobre 2006

Deux ou trois choses que vous saurez de moi

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Je ne vais pas souvent au cinéma. Les films me laissent souvent sur ma faim. Alors, je sélectionne, je tergiverse… et je finis par me plonger dans un roman. Le cinéma, c’est comme le sexe. Moins on y va, moins on a envie d’y aller.

Ça ne m’empêche pas de me tenir informé des dernières sorties. C’est pour cela que je lis assidument le blog de Niklas. Niklas, lui, est fondu de pellicule. J’aime retrouver régulièrement ses chroniques sur les films à l’affiche. Il a un goût sûr (puisqu’il partage le mien !) et ses argumentaires tiennent la route.
Il y a quelques temps, il a proposé à certains de ses lecteurs de répondre à son questionnaire. J’ai trouvé le résultat si intéressant que je lui ai demandé la permission de l’adapter (c’est un bien grand mot) au thème de mon blog, à savoir la littérature. Je vous livre ici le résultat, qui en dévoilera un peu plus sur moi.


Un livre ont tu aurais aimé être le personnage principal

Au fil de mes lectures, certaines situations m’ont renvoyé à certaines périodes ou événements de mon vécu. Pour autant, je ne me suis jamais totalement identifié à un personnage. J’ai donc eu du mal à répondre à cette question.
Après moult hésitations, je dirais que, comme l’Alexis de Marguerite Yourcenar, j’aimerais savoir me pencher un peu plus sur moi, histoire de mieux me connaître et de mieux appréhender le monde extérieur. Chez Alexis, j’aime aussi le courage qu’il a de sortir, quelqu’en soit le prix à payer, d’une situation fausse qui ne lui convient pas pour vivre réellement tel qu’il l’entend.


Un livre qui te rappelle un amour (terminé ou pas)

Sans hésiter, je dirais Stephen King. Quand j’ai connu mon amoureux, j’étais un inconditionnel de Stephen King dont je lisais chaque nouveau roman paru. Je lui ai transmis le virus, lui qui pourtant n’est pas un grand lecteur. Depuis, j’ai un peu perdu trace de cet auteur prolifique, mais lui n’en rate pas une miette.


Un livre qui te rappelle ton (ta) meilleur(e) ami(e)

Là aussi, pas d’hésitation. Naguib Mahfouz ou Amin Maalouf dont mon ami B. m’a offert la Trilogie, du premier et Les croisades vues par les arabes et Léon l’africain, du second.


Un livre dont le titre ou l’histoire résument ce que tu vis en ce moment

Bien que je ne l’aie pas lu, Vous plaisantez Monsieur Tanner, de Jean-Paul Dubois me semble le plus approprié à ma situation actuelle.
Comme le narrateur de ce livre, on vient d’acheter un nouvel appartement, lequel exige de nombreux travaux. Après la période déjà agitée de la signature, nous venons de passer à celle des réunions de chantier. L’enfer au quotidien ! Mais le jeu devrait en valoir la chandelle.


Le livre qui t’a fait le plus peur

Je ne suis pas fan des livres gores ou d’horreur. D’ailleurs, en général, j’apprécie plus les livres où l’horreur est subtilement distillée au fil des pages et se fait plus sournoise, celle qui ne dit pas son nom, travestie des habits du quotidien. Cela m’effraie bien plus.
Cela dit, le premier livre « gore » qui m’a réellement fait peur, après les contes et légendes de ma petite enfance, a été The Shining, de Stephen King. Premier et seul cadeau d’anniversaire que m’a offert mon cousin. Je me vois encore, n’osant sortir un pied de mon lit.
Plus récemment, Le Corps exquis, de Poppy Z Brite m’a fait se dresser quelques poils.


Le livre qui t’a fait le plus rire

Pour me faire rire, il faut se lever de bonne heure ! Je n’ai pas souvenir d’un roman qui m’ait fait sourire de bout en bout… Je citerai donc les albums de Glen Baxter, maître de l’absurde à l’anglaise ou du dessinateur allemand Ralf König.


Le livre qui t’a fait pleurer

Je n’ai pas la larme facile… même au cinéma, où je trouve qu’il est encore plus facile de couler sa larme. En revanche, en jetant un œil dans ma bibliothèque d’ado lors de mon dernier passage chez mes parents, j’ai été surpris de constater que je donnais souvent dans le « sentimental », du genre Eric, printemps perdu, de Doris Lund, récit d’une mère sur la leucémie qui a emporté son fils adolescent, ou encore L’arbre de Noël, de Michel Bataille, où un homme va aider son jeune fils irradié accidentellement à réaliser son rêve : rencontrer des loups. Si ça c’est pas du lourd….


Le livre qui te fait penser aux vacances

De nombreux livres me rappellent les vacances pour la simple et bonne raison que c’est la période de l’année où j’ai le plus de temps libre, et donc celle où ma consommation annuelle atteint ses sommets.
Plus anecdotiquement et plus prosaïquement, j’associe aux vacances L’Aiguille creuse, un épisode d’Arsène Lupin, par Maurice Leblanc. J’ai lu ce livre en vacances quand j’étais ado, et un matin, après une nuit d’orage, j’ai découvert que plusieurs centimètres d’eau recouvraient le sol de ma tente (les joies du camping !). L’Aiguille creuse flottait, gorgée d’eau. Après un séchage de plusieurs jours, mon livre de poche avait triplé de volume, une véritable horreur pour moi qui suis toujours soucieux de préserver au mieux mes livres !


Le livre qui te rappelle ton enfance

Indiscutablement, les aventures du Club des Cinq, d’Enyd Blyton auront bercé mes jeunes années. Ce groupe de jeunes, unis, vivant des aventures autrement plus palpitantes que mon quotidien, dans un monde où quand ils ne sont pas absents, les adultes les traitent en égal, avait tout pour me séduire. Qu’est-ce que je n’aurais pas donné pour en être…


Le livre dont tu ne veux jamais plus entendre parler

Les livres qui ne m’ont pas plu, je les ai oubliés depuis longtemps. Ne me marquent que ceux que j’ai adorés.
En revanche, il y a des auteurs dont les diverses interventions télévisées ou interviews dans la presse m’ont coupé toute envie de découvrir les livres (Angot ou Houellebecq, pour ne citer que les plus caricaturaux d’entre eux).


Les auteurs dont tu n’as jamais compris l’engouement du public

Pour les avoir testé au moins une fois chacun, je peux dire que je ne partage pas l’enthousiasme de certains pour Amélie Nothomb, David Lodge ou encore Marc Levy.


Le livre que tout le monde a aimé sauf toi

Il s’agit en général de classiques qu’il est toujours de bon ton de citer en société pour montrer qu’on n’est pas qu’un sombre crétin. Dans ces conditions, on ne sait jamais si ceux qui affirment aimer un de ces livres là le font honnêtement ou simplement pour donner une certaine image d’eux-mêmes.
En ce qui me concerne, j’ai trouvé interminable A la recherche du temps perdu, de Proust, indigestes Le Festin nu, de William Burroughs et Querelle de Brest, de Genet. Aussi, Le parfum, de Patrick Süskind m’avait laissé de glace.


Le livre que tout le monde a lu sauf toi

Il y en a pléthore. Le premier qui me vient à l’esprit est le Da Vinci code, de Dan Brown. Et, a priori, ça risque de durer encore longtemps.


Le livre que tu n’as pas lu mais dont tout le monde ne dit que du bien, alors forcément tu as envie de le lire

Là aussi, il en existe des tonnes. Un de ceux qui me tentent le plus dans cette catégorie est sans conteste La bible, parce qu’elle est la source d’inspiration de nombreux auteurs et qu’ainsi je décoderais mieux certains livres.


Le livre que tu aimes par un auteur que tu détestes

L’Étoile rose, de Dominique Fernandez, que j’ai lu il y a une vingtaine d’années. Je trouve l’écriture de Fernandez insupportable, trop précieuse, voire pompeuse. Mais, j’avais été ému par ce livre, qui retrace le parcours des gays dans le monde, de la seconde guerre mondiale aux années 1980 et le chemin d’un homme vers l’acceptation de soi.


Le livre qui t’a donné envie de voyager

Tout livre est une promesse de voyage. Donc, je dirais que la lecture en général m’a donné envie de voyager. Beaucoup de petits garçons font leur voyage d’inauguration en compagnie de Jules Verne. Moi, je ne l’ai jamais lu.
Les romans qui m’ont offert mes premiers vrais dépaysements sont Mort sur le Nil ou Le Meurtre de l’Orient Express, d’Agatha Christie.
Depuis quelques années, je voyage plus, et plus loin. Et ce sont ces voyages qui me “dictent” certaines de mes lectures. Par exemple, à mon retour de Jordanie, je me suis plongé dans Alamut, de Vladimir Bartol. Ce roman situé au XIe siècle s’inspire de la légende de la secte des assassins, qui utilisait la religion et les manipulations mentales pour mener à bien ses ambitions politiques.


Le livre dont tu aimerais voir l’adaptation au cinéma

The Celibate, de Michael Arditti. Ce roman, toujours pas traduit en français à ma connaissance malheureusement, raconte le parcours d’un jeune séminariste qui, après avoir fait une dépression, quitte la prêtrise et décide de vivre pleinement sa sexualité. Devenu guide, il promène les touristes sur les traces de Jack l’éventreur dans les rues de Londres.
Le tour de force réside dans la façon dont l’auteur réussit à montrer comment les deux parcours de cet homme, assez opposés en apparence, se répondent l’un l’autre.
Selon moi, L’Homme qui tomba amoureux de la lune, de Tom Spanbauer se prêterait également bien à une adaptation cinématographique. Cela pourrait contribuer à donner une image différente du western et renouvèlerait le genre.
Actuellement, je dévore Le Bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon. Je serais curieux de voir comment cette fabuleuse histoire pourrait être traduite sur le grand écran. Je pense que ça donnerait un sacré coup de vieux à Rain Man.
Sinon, dans les sorties récentes, j’aimerais bien voir ce que pourrait donner sur grand écran L’infortunée, de Wesley Stace ou Suite française, d’Irène Nemirovsky.


Le livre que tu as aimé et qui t’a déçu quand tu l’as lu la deuxième fois

Je relis rarement, voire jamais. J’ai tellement d’autres livres qui attendent d’être lus.


Le livre que tu admets aimer honteusement

Le livre de Pascal François, sur Farrah Fawcett, paru chez Pac en 1978 à l’époque de sa gloire, ça compte ?


Le livre dont tu aurais aimé être l’auteur

Alexis ou le traité du vain combat, de Marguerite Yourcenar. Avoir écrit un livre de cette force et de cette justesse là si jeune (elle avait vingt-six ans) et à cette époque là (1929) me laisse béat d’admiration.
J’aurais également aimé avoir écrit Le choix de Sophie, de William Styron.


Un écrivain dont tu ne loupes aucun livre

Michel Tremblay, Stephan Zweig, David Leavitt, Tom Spanbauer, E.M. Forster, Denis Lachaud, Christophe Honoré, Michael Cunningham, Peter Cameron, Michael Arditti, Tennessee Williams


De quel livre souhaites-tu changer la fin, et pourquoi ?

J’ai beau chercher, je n’ai pas d’exemple précis en tête. Mais il m’arrive parfois de penser que certaines histoires gagneraient en puissance si l’auteur avait choisi un angle d’attaque moins conventionnel.


Tu peux vivre où tu veux pendant 24 h avec un écrivain de ton choix. Qui choisis-tu et que fais-tu de tes 24 h ?

Ce qui m’intéresserait en fait, c’est de décortiquer le processus de la création littéraire. Or, non seulement c’est difficilement réalisable concrètement, 24 heures n’y suffiraient pas. Donc, j’hésite entre deux possibilités.
La première serait de rencontrer Shakespeare, pour infirmer ou confirmer les rumeurs qui courent sur sa véritable identité (Shakespeare aurait été une femme, pour certains. Ou encore, Shakespeare aurait été un prête-nom et ses pièces, l’œuvre de plusieurs personnes). De plus, je trouve séduisante l’idée de pouvoir assister à la représentation de l’une de ses pièces, de son vivant.
La seconde possibilité serait d’assister à une journée du procès d’Oscar Wilde.


Si tu devais vivre ta vie entière dans un livre, lequel choisirais-tu ?

Le dictionnaire. Et d’ailleurs, ma seule vie ne suffirait pas à en venir à bout.