zafon-ombre-vent Déçu, mais déçu…

Voilà plusieurs mois maintenant que j’ai terminé L’ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón.
Si j’ai retardé à ce point le moment d’en parler, c’est que je ne savais pas trop comment dire… que ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais.


De tout ce que j’avais lu au sujet de ce roman, je n’avais retenu qu’un point : un livre à la gloire des livres, de l’amour de la lecture.
Je m’attendais donc à ce que ce thème soit plus qu’un simple prétexte pour que le héros se lance dans l’aventure. La trouvaille de ce cimetière des livres oubliés est d’ailleurs l’élément le plus intéressant de ce roman… pour le moins copieux. Ce qui explique sans doute pourquoi il m’a fallu si longtemps pour le digérer.

Il faut reconnaître que le roman de Zafón tient plus de la cuisine façon Maïté que de la gastronomie façon Bocuse.
Et vas-y que je te prends de l’aventure, que je t’y ajoute un peu de fantastique, un soupçon de romance, une pincée de gothique, une larme d’Histoire, quelques gouttes de polar.
Force est de constater qu’abondance de biens parfois nuit, puisque dans le cas présent, on se retrouve avec un plat de résistance limite indigeste.


D’autant que les produits ne sont pas de première fraîcheur.
Indubitablement, il n’a pas échappé à Zafon que c’est dans les vieux pots que se fait la meilleure soupe. Il ne s’est donc pas privé, concoctant une sorte de gloubiboulga littéraire empruntant à la fois à Eugène Sue et à la tradition du roman-feuilleton populaire du milieu du XIXe siècle, à Gaston Leroux et à ses romans policiers mâtinés de fantastique (la référence au Fantôme de l’opéra est flagrante), à Shakespeare et son Roméo et Juliette

Or, le problème ne sont pas ces emprunts, mais ce qu’en fait l’auteur à qui il manque un vrai talent de recycleur, d’innovateur.
Zafón se contente d’appliquer les bonnes vieilles recettes de ses modèles, sans prendre le risque de les réinventer. Il les reprend telles quelles, sans s’efforcer d’en gommer les imperfections. On se retrouve ainsi avec des ficelles grosses comme les câbles d’amarrage du Queen Mary, des situations cliché et des personnages stéréotypés : le valeureux héros, son faire-valoir comique, des méchants très méchants, une vierge éthérée, des destins qui s’entrecroisent, des secrets de familles, de grands sentiments (amour, haine, vengeance…), des fantômes, moult révélations et rebondissements… et des longueurs !


N’empêche, L’ombre du vent a fait le bonheur de millions de lecteurs. Personnellement, j’ai toujours préféré la chouquette au moka.
Je vous ai dit que j’ai été déçu ?


A tout hasard, si vous rentrez tout juste d’un voyage intersidéral et que vous vous voulez savoir de quoi il retourne dans L’ombre du vent, un tas de billets et d’avis autrement plus positifs que le mien ont été répertoriés par Blog-O-Book.

* la référence du titre est à découvrir dans le document joint en annexe.



L’ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón
(La sombra el viento) - Traduction de l’espagnol : François Maspero
Le Livre de Poche n° 30473 (2006) - 636 pages