03012010
La douce musique des pages -
Berlin (Mitte / Unter den Linden) © Wikipedia
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« Plus je planais ce soir-là, plus douce et moelleuse fut ma fugue. Petit à petit, des sons plus fragiles et plus subtils de mon passé se mirent à dominer mes pensées : tous les adorables éternuements de chiots que j’avais entendus, le souffle de liberté qu’il y avait dans le chuintement du peloton du Tour de France en roue libre dans une descente, le potentiel artistique illimité du cliquetis d’un stylo quatre couleurs, l’excitation inhérente au grésillement d’une mèche de pétard. Je passai au crible ces sons et tâchai de retrouver le plus réconfortant de mon enfance, celui qui, sur mon lit de mort, serait vraiment le dernier que je voudrais entendre.
Je me souviens, j’aimais m’installer dans le bureau avec M’man, juste pour l’entendre lire le New Yorker. En ce temps-là, le magazine était bien supérieur à ce qu’il est aujourd’hui – la qualité littéraire et celle du papier. Ces pages avaient un poids intellectuel et textuel. On aurait dit du parchemin, un parchemin qu’aucune famille n’avait la témérité de jeter à la poubelle. Maman feuilletait le Bellow et les pages crépitaient comme si l’article avait été imprimé sur des feuilles d’automne numérotées. Je décidai que s’il m’était donné de condenser tous me souvenirs dans un seul son, ce serait le son de ces pages tournées. Croustillantes. Mordantes. Un raffinement de fumeur de pipe. »
(p.46-47)
« Le Schwa froissa les pages du livre sur la couture de son pantalon, et le son qui en sortit n’eut rien à envier aux meilleures parties de Max Roach aux balais. Je faillis tomber dans les pommes. Il porta le livre à sa bouche et joua du chapitre sept comme d’un harmonica diatonique ; soufflant et aspirant les pages comme s’il s’agissait de feuilles d’herbe dans les mains de Pan. Qui savait qu’un livre de poche Signet était en clé de ré ? Pour les sons plus percussifs, il donna des petits coups de coude sur la tranche, tapota du pouce les coins de page, attaqua la préface pizzicato, construisit du bout de la langue le dénouement et barbouilla les louanges de la quatrième de couverture. »
(…)
- Tiens, dit-il en posant sur la table le livre dont il venait de jouer.
Je pense qu’il s’attendait à une réaction différente de ma part, se voyant sans doute davantage en ange Gabriel me tendant la trompette dans laquelle il venait de souffler pour faire tomber les murailles de Jéricho, mais ce n’était qu’un livre. Le Bruit et La Fureur.
- Faulkner est le plus grand DJ ayant jamais vécu, dit-il en appuyant l’index sur la couverture, se moquant à nouveau de moi en faisant crisser son doigt d’avant en arrière. »
(p.230)






Commentaires
Hasard… je viens de le récupérer en exemplaire gratuit à la librairie…
Moi, c’est la photo qui me branche !
Moi aussi, j’aime beaucoup cette photo (je suis plutôt “rat des villes” que “rat des champs” !). Quant au livre, j’attends de voir ce que tu en dis !
chouette évocation sonore et visuelle, envie d’en savoir plus…
Si tu as envie de poster des extraits, c’est bon signe
beaucoup de mal avec ce roman!! j’attends te lire pour voir!
@ Choco : des exemplaires gratuits en librairie ?? Comment se fait-ce ?
@ Dominique : un petit voyage en perspective ?
@ Kathel : tu vas devoir faire preuve de patience, car quelques soucis pro et perso m’empêchent de me consacrer à ce blog aussi activement que je le souhaiterais.
@ CJeanney : patience….
@ Manu : oui, plutôt… Même si dans l’ensemble, mon avis est très comparable au tien.
@ Esmeraldae : j’ai éprouvé, moi aussi, quelque difficulté à y entrer.