Shanghvi-flamants-bombayJeune photographe de talent, Karan Seth débarque à Bombay avec l’ambition de révéler l’âme de la ville à travers ses photos. En attendant la gloire, il travaille comme reporter au journal India Chronicle.
A ce titre, il va être amené à fréquenter la jet-set locale et se liera d’amitié avec Samar, pianiste homosexuel extravagant prématurément retiré du circuit, et de son amie, Zaira, star de Bollywood.
Au cours de ses pérégrinations dans Bombay, Karan rencontrera une sculptrice mariée, Rhéa, avec laquelle il va entretenir une liaison.
Un événement dramatique va bouleverser le destin des différents protagonistes.


Un roman indien prenant à bras le corps des thèmes sensibles (la corruption généralisée de la société indienne, la subornation de la justice par les membres les plus influents de cette société, l’homosexualité, le sida, l’adultère, condamnés dans ce pays conservateur…) loin des clichés de l’Inde aux mille couleurs et aux multiples senteurs de curry et d’encens tout droit sortie des bluettes bollywoodiennes, voilà qui avait de quoi me séduire.
Si on ajoute à cela le fait que je suis passé complètement à côté du précédent – et premier – roman de Siddharth Dhanvant Shanghvi, La fille qui marchait sur l’eau (2004), qui a rencontré un succès certain, on comprend mieux pourquoi je n’ai pas hésité une seconde à accepter l’offre de Babelio.


C’est donc dans les meilleures dispositions que j’ai entamé ma lecture.
Mais j’ai eu vite fait de déchanter tant le style est affligeant.
« Leo déplorait que la prose fût à la fois tapageuse et empruntée. « C’est du style atelier d’écriture en surrégime. » Zaira déclara que l’auteur ne faisait qu’exploiter un filon, que cette femme avait réappris l’alphabet dans un cours intensif chez Exotica 101 : A pour « mariage arrangé », B pour « femme battue », C pour « colonisation ». S’excitant tout à coup, Samar fit une grande déclaration à l’emporte-pièce : les romans indiens ne valaient rien. « On les dirait sortis de la quasi-foufoune d’une drag queen autobaptisée Lady Epique. »
Si je m’en tiens à cette citation directement extraite du roman, Les derniers flamants de Bombay est incontestablement un roman indien… et le moins qu’on puisse dire, c’est que Lady Epique n’est pas de première fraîcheur !

Ce qui est incompréhensible avec Les derniers flamants de Bombay, c’est que Shanghvi livre exactement ce qu’il raille page 381. La copie qu’il a rendu à son éditeur est à peine meilleure qu’un exercice de fin de stage en atelier d’écriture et répertorie tous les défauts inhérents au genre.
A grand renfort de synonymes inutiles et redondants et de métaphores pompeuses au lyrisme frisant souvent le ridicule, il tente de donner un peu de consistance à son récit, comme si maquiller outrageusement son texte pouvait suffire à le rendre séduisant. A ce rythme-là, ça ne relève plus du surrégime…

Le roman est écrit dans un style emprunté, maladroit, lourd et fort agaçant.
« Un vendeur de grenades soumettait son organe de l’ouïe à l’un de ces hommes dont la profession est de vous nettoyer les oreilles dans la rue. »
(Son organe de l’ouïe !!!! Ah oui, bien sûr, c’est pour éviter de répéter oreille qui figure à la ligne suivante.)
J’étais tellement effaré par l’écart entre les louanges lancées par la presse à l’auteur et ce que je tenais entre les mains que je me suis demandé si toute la faute n’en revenait pas à la traduction. Un rapide coup d’œil à la version originale m’a prouvé que le traducteur s’en tire même plutôt bien (je n’aurais pas voulu être à sa place !).


Le pompon, c’est cette surenchère de références sexuelles qui semblent être posées là dans le simple but de choquer le lecteur bien pensant ou de faire « moderne » et « libéré ». Le problème c’est que la plupart du temps, leur emploi n’est pas justifié. Elles arrivent donc comme un cheveu sur la soupe, perdant tout l’impact qu’elles auraient pu avoir si elles avaient été utilisées à bon escient.
Pour illustrer mon propos, je vous renvoie vers les billets de Cynthia et Keisha qui ont consciencieusement relevé les exemples les plus flagrants que je me refuse à recopier ici pour ne pas décevoir les recherches G**gle renvoyées trompeusement vers mon blog.

De tout ce fatras, j’ai tout de même sauvé deux citations qui m’ont particulièrement parlé :
« Les gens aiment de manières si étranges qu’il te faudra plus d’une existence pour t’y reconnaître. »

« Malik avait épousé une pilote de Chandigarh aux yeux de biche, qui lui avait donné une fille rondelette et courageuse. Pour un concours de déguisement dans son école, Malik avait voulu que sa fille se déguise en Blanche-Neige. La pauvre gamine, noire comme le mazout, s’était vaillamment saupoudré le visage de farine blanche avant de faire son numéro. Son deuxième prix avait récompensé sa redoutable ténacité, sa totale absence de timidité, sa concentration dévastatrice. Une fois son visage blanchi, elle n’avait plus vu aucune différence entre qui elle était et le personnage qu’elle était censée représenter ; à l’instar de son grand-père, elle pensait qu’on devenait ce qu’on croyait être. »


Une fois la question du style réglée, que dire de la trame du roman ?
Roman ambitieux, Les derniers flamants de Bombay brasse de nombreux thèmes (politique, sexualité, photographie, art, jet set…) et jongle avec plusieurs intrigues parallèles (meurtre, amitié, passion, haine, trahison…). Tous les ingrédients sont là pour faire de ce récit foisonnant un roman captivant.

Malheureusement, à partir de toute cette base, Shanghvi ne parvient pas à créer quelque chose de réellement cohérent. Les descriptions s’enchaînent, les événements se juxtaposent plutôt qu’ils ne s’imbriquent. Comme si l’auteur s’était contenté de réunir tous les ingrédients nécessaires à la confection d’un best seller sans faire l’effort d’y apporter son tour de main, sans prendre le temps de tout façonner à sa façon.
J’ai trouvé les personnages stéréotypés (Samar est une caricature !), sans corps ni réelle épaisseur. Même le portrait de Bombay fait très chromo. Alors qu’on nous promet un roman subversif, on n’apprend finalement pas grand-chose de l’Inde moderne.
Enfin, certains rebondissements sont difficilement crédibles (le singe enragé, la mort du chien, l’inondation finale) et versent sans retenue dans le pathos de bazar.




Bref, j’ai eu un mal fou à aller jusqu’au bout de ce livre. Pas une fois je n’ai ressenti de compassion ou d’empathie pour un des personnages. Leur destin se déroulait sous mes yeux sans que j’y attache le moindre intérêt. Ça n’aurait pas été dans le cadre d’un partenariat avec Babelio, j’aurais jeté l’éponge très rapidement… et je n’aurais rien raté.

Seul point positif de cette lecture fastidieuse : m’avoir fait participer « à l’insu de mon plein gré » aux Harlequinades 2010 !
« Or, en descendant l’étroit escalier en spirale, Rhea manqua une marche et Karan se précipita pour la rattraper. Dans le mouvement, le corps de Rhea fit basculer Karan, ils tombèrent tous les deux et se retrouvèrent l’un sur l’autre. Se relevant en toute hâte, elle se retourna, lui fit face et lui demanda s’il n’avait rien. Karan acquiesça d’un signe de tête avant d’avancer la main pour toucher le lobe de son oreille : objet doux aux proportions parfaites. Lorsque la main du jeune photographe glissa jusqu’à son sternum (how romantic!!!!!!!!!!!), troublée par son audace, elle se mit à haleter. » (tu m’étonnes, on halèterait pour moins que ça !!!)




Siddharth Dhanvant Shanghvi prétend que ce second roman serait son dernier. J’aimerais le croire sur parole.
L’auteur parle de son livre ici et en lit un extrait .

Même si je commence ma rentrée littéraire sous de bien désolants auspices, je n’en remercie pas moins Babelio et les éditions des Deux Terres.




Ce qu’elles en ont pensé :

Amanda : « Alors que la quatrième de couverture vante un meurtre et de multiples rebondissements, le style est creux et indigeste. Rempli de poncifs (la star, le pianiste homosexuel, l’amant,…), de scènes aussi outrageusement ridicules que mal racontées, ce roman me laisse complètement sur le bas-côté. Mais, par dessus tout, le style… le style, damned…inexistant, fade, bourré de clichés, souvent brinqueballant entre deux métaphores aussi piètres que malhabiles… »

Antigone : « Voici une lecture dont je ressors toute pleine de sentiments contradictoires. Elle m’a été parfois presque douloureuse, fastidieuse, et par moments très prenante, intéressante. »

Armande : « Au final, j’ai le sentiment d’avoir été un peu flouée : le style hésite entre du pseudo-poétique, du verbiage pompeux sur l’art et quelques rares passages réussis : des scènes de rue en particulier. Les personnages sont pour la plupart caricaturaux. »

Caro(line) : « Le style de Siddharth Dhanvant Shanghvi m’a tellement exaspéré dans la première partie qu’il m’était impossible de prendre ce roman au sérieux, malgré son sujet et sa dénonciation de la corruption indienne. Et donc, il m’a été impossible de m’attacher aux différents personnages, je n’ai éprouvé aucune empathie pour eux. Rien dans ce roman n’a suscité mon intérêt finalement… »

Chaplum : « Je me suis attachée à ces personnages, chacun avec ses fêlures, ses rêves et ses sentiments. J’ai trouvé leur psychologie bien développée et adéquate à chaque personnage. (…) Une belle découverte qui m’a beaucoup plu et me donne envie de sortir le premier roman de l’auteur de ma PAL. »

Choco : «”Les derniers flamants de Bombay” fut donc une lecture étrange qui a réussi tout de même à m’emporter aux frontières indiennes mais qui reste entachée par des défauts majeurs (réelle volonté de l’auteur ou problème de traduction ?) qui m’empêchent de vous conseiller sans réserve cette histoire, loin d’être inintéressante. »

Cynthia : « Si j’appréciais les personnages et leur répondant dans la première partie, je n’ai pas été touchée par cette mélancolie ambiante qui les pousse à partir à la dérive et à fuir à la moindre occasion.(…) La surabondance d’allusions au sexe a sans nul doute largement contribué à ma difficulté à prendre ces personnages au sérieux… »

Kathel : « J’ai été assez captivée par l’histoire et les sujets abordés pour passer outre les maladresses de forme de ce roman, que d’autre part, je trouve original et rempli de sincérité. »

Keisha : « La vie grouillante de Bombay, diurne aussi bien que nocturne, est bien croquée, c’est souvent acide, parfois poétique, et on rêve de découvrir ces photos que Karan inspiré prenait au fil de ses promenades dans des rues de la ville. (…) Malheureusement les amours agitées de Karan m’ont laissée de glace, et les dialogues souvent hystériques entre les personnages en général, ainsi que l’humour parfois “limite” ont rapidement eu raison de ma patience et j’ai eu du mal à terminer le roman. »

Tamara : « L’amour et l’art sont les deux sujets principaux du roman, mais la mentalité de l’époque et les mœurs de la société sont également bien retranscrits par la plume précise et limpide de Siddharth Dhanvant Shanghvi. »




Les derniers flamants de Bombay, de Siddhart Dhavant Shandhvi
(The lost flamingoes of Bombay) Traduction de l’anglais (Inde) : Bernard Turle
Éditions des Deux Terres (2010) - 469 pages